(Moscou) La Russie a affirmé avoir tiré mercredi des coups de semonce contre un destroyer britannique en mer Noire qui avait, selon Moscou, pénétré dans ses eaux territoriales au large de la Crimée, un incident démenti par Londres.

Maxime POPOV Agence France-Presse

Cet accrochage russo-britannique, s’il a eu lieu, serait une première et intervient à quelques jours des manœuvres militaires Sea Breeze 2021, qui doivent se tenir du 28 juin au 10 juillet en mer Noire. Ils impliquent les États-Unis, d’autres pays de l’OTAN et l’Ukraine, ce que Moscou voit d’un très mauvais œil.

Selon la version russe, le destroyer britannique HMS Defender a pénétré mercredi dans les eaux au large de la Crimée, péninsule annexée en 2014 par Moscou, et a « reçu un avertissement que des armes seraient utilisées en cas de violation des frontières russes ».

Le navire britannique n’ayant « pas réagi à l’avertissement », d’après le ministère russe de la Défense, un « navire de patrouille frontalière » russe a donc « tiré des coups de semonce » et un avion Su-24 m a effectué un « bombardement de précaution le long du parcours du destroyer ».

Le navire britannique aurait ensuite quitté les eaux russes, mettant fin à l’incident, qui a duré un peu plus d’une vingtaine de minutes, selon Moscou.

Dénonçant des « actions dangereuses » de l’équipage du HMS Defender, Moscou a réclamé que Londres mène une enquête sur l’incident. L’ambassadeur britannique en Russie sera également convoqué au ministère des Affaires étrangères, après l’attaché militaire britannique convoqué plus tôt.

Les autorités britanniques ont de leur côté démenti l’incident. Selon le ministère de la Défense, « aucun coup de semonce n’a été tiré vers le HMS Defender » et « l’affirmation selon laquelle des bombes ont été larguées sur sa trajectoire » est fausse.

Selon Londres, le navire effectuait « un passage innocent dans les eaux territoriales ukrainiennes ». « Nous pensons que les Russes menaient un exercice d’artillerie en mer Noire », a ajouté le ministère britannique sur Twitter.

Quelques heures avant l’incident, le président Vladimir Poutine avait répété que son pays était « préoccupé par le renforcement en cours des capacités et infrastructures militaires de l’OTAN à proximité des frontières russes ».

Multiples incidents

Selon un communiqué de la Royal Navy du 10 juin, le HMS Defender se trouvait d’abord en Méditerranée pour des exercices de l’OTAN avant de se « détacher temporairement du groupe de travail pour effectuer sa propre série de missions en mer Noire ».

« Au cours des dernières semaines, Defender, basé à Portsmouth, a suivi une formation intensive et a travaillé sur l’opération Sea Guardian, la mission de contre-terrorisme de l’OTAN en Méditerranée », indique le communiqué.

Les forces ukrainiennes, américaines et britanniques ont mené mercredi à bord du navire des exercices mineurs d’arraisonnement, selon un message publié sur Facebook par le ministère ukrainien de la Défense.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a dit sur Twitter voir dans cet incident le prolongement de « la politique agressive et provocatrice » de Moscou en mer Noire et en mer d’Azov.

Cet incident a eu lieu au large de la Crimée, péninsule ukrainienne annexée en mars 2014 par la Russie, qui y dispose d’une base navale et dont les eaux ont déjà fait l’objet de plusieurs incidents par le passé.

La Russie a mené dans cette région plusieurs exercices militaires ces derniers mois, y compris via le déploiement temporaire de plus de 100 000 soldats aux frontières ukrainiennes et en Crimée en avril, une démonstration de force qui avait suscité de vives tensions avec l’Occident.

En 2018, Moscou avait saisi trois navires de guerre ukrainiens et capturé 24 marins qui tentaient de pénétrer dans la mer d’Azov, partagée entre les deux pays. Il s’agissait du premier incident armé direct entre les deux pays.

Les accrochages impliquant des avions ou des navires aux frontières russes ne sont pas rares, surtout en période de tensions avec les Occidentaux, mais le tir de coups de semonce est une première pour ce genre d’incidents.

La plupart des incidents ont lieu dans la Baltique ou dans l’Arctique, et plus rarement en Exrême-Orient, où la Russie a annoncé mercredi avoir intercepté un avion espion américain au dessus de la mer d’Okhotsk.