(Paris) Une amende de 800 euros (1177 dollars canadiens) a été requise lundi à l’encontre du militant « anti négrophobie » qui avait tagué la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale, et dont le procès se tient le jour du 20e anniversaire d’une loi française reconnaissant l’esclavage et la traite comme crimes contre l’humanité.

Agence France-Presse

Le hasard du calendrier a en effet voulu que le procès, reporté deux fois, se tienne à la date de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.  

La décision sera rendue le 28 juin.

Le président Emmanuel Macron et plusieurs ministres devaient participer dans l’après-midi à une cérémonie de commémoration de la loi.

Devant le tribunal, le militant guadeloupéen Franco Lollia, 49 ans, arrivé en jean, sweat-shirt noir siglé « Brigade anti négrophobie » et grosses lunettes argentées sur le nez, a reconnu les faits.

« Je reconnais que j’ai voulu interpeller l’État, lui dire que s’il accepte que Colbert continue de trôner devant l’Assemblée nationale, la maison du peuple, c’est que la France est toujours viscéralement négrophobe », a-t-il déclaré.

PHOTO THIBAULT CAMUS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Un ouvrier de la Mairie de Paris nettoie la statue de Jean-Baptiste Colbert, à Paris. Le procès a commencé lundi pour Franco Lollia, un activiste d’un groupe appelé la Brigade anti-négrophobie, qui est accusé d’avoir couvert de graffitis une statue qui honore Jean-Baptiste Colbert, ministre et homme de confiance de Louis XIV, qui contribua à accroître la puissance et le rayonnement de la France au XVIIe siècle. M Lollia lui reproche d’avoir écrit des règles régissant les esclaves dans les colonies françaises d’outre-mer.

Le 23 juin 2020, devant l’Assemblée nationale, il avait tagué « Négrophobie d’État » en rouge sur le socle de la statue de Colbert, ministre de Louis XIV et initiateur du Code noir qui a légiféré sur l’esclavage dans les colonies françaises. Il avait ensuite jeté de la peinture rouge sur la statue.

Il avait été aussitôt interpellé. « Ce qui est interdit, c’est le racisme. Cet homme-là (Colbert) fait l’apologie de la négrophobie », avait-il dit aux forces de l’ordre, dans une scène filmée et mise en ligne sur les réseaux sociaux par la Brigade anti-négrophobie.

« Je ne suis pas un vulgaire délinquant, un gribouilleur », a aussi dit Franco Lollia au tribunal devant une salle bien remplie de ses soutiens, parlant d’un « acte politique ».  

Ses quatre avocats sont longuement revenus sur le combat qui animait leur client et sur l’histoire de l’esclavage.

Le procureur Vincent Plumas a quant à lui indiqué dès le début qu’il s’en « tiendrait à des développements purement juridiques ».

Si l’audience lui a permis de combler certaines « lacunes » en histoire, il a demandé au tribunal de s’en tenir aux faits, « simples », et non contestés, et de condamner Franco Lollia.  

Le tag de la statue était intervenu dans le sillage des manifestations antiracistes qui ont eu lieu dans le monde après la mort de George Floyd, un homme noir, au cours d’une violente arrestation policière aux États-Unis. Depuis, les monuments et statues liés à l’histoire coloniale française ou à la traite négrière sont au centre d’une polémique mémorielle.