(Tirana) Le premier ministre albanais Edi Rama a revendiqué mardi un troisième mandat « historique » après la victoire de son parti aux législatives, mais l’opposition a refusé de concéder sa défaite dans le petit pays des Balkans où les résultats électoraux sont systématiquement contestés.

Briseida MEMA
Agence France-Presse

« Nous avons battu le record », a lancé le chef de gouvernement socialiste devant des milliers de ses partisans qui agitaient des drapeaux sur la place Skënderbeg, la plus grande de la capitale Tirana. « Merci de me faire confiance pour exercer un troisième mandat », une première en Albanie.

Selon les résultats officiels portant sur le dépouillement dans la quasi-totalité des bureaux de vote, le Parti socialiste a obtenu plus de 48 % des voix dimanche.

Résultat contesté

C’est une dizaine de points de mieux que l’opposition rassemblée autour des démocrates de centre droit, mais ceux-ci refusent de déclarer forfait et accusent le camp adverse d’avoir acheté le scrutin, parlant de « massacre électoral ».

Les projections de la Commission électorale centrale (CEC) créditent le PS de la majorité absolue, avec 74 des 140 sièges de députés, ce qui doit lui permettre de continuer à gouverner seul.  

Le processus électoral est surveillé de très près par la communauté internationale alors que l’Albanie frappe depuis sept ans à la porte de l’Union européenne.

Après une campagne électorale émaillée d’insultes, d’accusations de corruption et de violences, l’UE a salué la « bonne organisation » du vote. Mais le bloc a appelé les partis à « suivre le principe démocratique qui consiste à respecter le résultat des élections ».

Ouverture d’enquêtes

Depuis la fin du communisme en Albanie au début des années 1990, les résultats électoraux sont contestés avec constance et donnent lieu à des soupçons de fraudes.

À peine le scrutin terminé, les démocrates de Lulzim Basha, dont l’alliance électorale est créditée de 59 sièges, avaient revendiqué la victoire.  

« Ces élections n’ont rien à voir avec la démocratie », a-t-il déclaré mardi soir en annonçant qu’il n’allait pas « se rendre ».

Il a accusé le camp adverse d’achats massifs de voix. « Nous sommes entrés dans cette bataille avec un régime qui a tout fait pour détruire une campagne honnête électorale », a-t-il asséné devant ses partisans.

Le parquet a annoncé l’ouverture d’une trentaine enquêtes sur des soupçons d’irrégularités électorales.

Main tendue

En attendant, le premier ministre a tendu la main à l’opposition en l’invitant à « œuvrer ensemble dans l’intérêt de l’Albanie ».  

« Je serai le premier ministre de tous les Albanais ! », a-t-il lancé devant une foule qui scandait « Victoire ! Victoire ! ».

Le premier ministre, qui est taxé d’autoritarisme et d’arrogance par ses contempteurs, a fait campagne en réclamant du temps pour finir des projets d’infrastructures entravés par la pandémie et continuer de reconstruire les milliers de logements détruits par un séisme meurtrier fin 2019.

Il a également lancé une campagne de vaccination massive contre la COVID-19, qui doit permettre l’immunisation d’ici à fin mai de 500 000 des trois millions d’Albanais et la relance de l’industrie touristique, durement touchée par la crise sanitaire.

Ses adversaires l’accusent de tous les maux-liens avec le crime organisé, trucage des élections précédentes, mise en coupe réglée de l’économie et des institutions. Allégations que l’intéressé dément en bloc.

Bruxelles a dit oui à l’ouverture de négociations d’adhésion avec l’Albanie, mais sans fixer de date.  

Tous les partis avaient promis de mener à leur terme les changements demandés par l’UE pour ouvrir les pourparlers, à commencer par la réforme du système judiciaire et la lutte contre la criminalité organisée.

Pour les ONG internationales, l’Albanie figure parmi les pays les plus corrompus du continent européen.

Le salaire moyen équivaut à 630 dollars canadiens pas mois, le chômage reste élevé et les jeunes cherchent massivement leur salut dans l’émigration en Italie, en Allemagne ou aux États-Unis.