(Berlin) Les députés allemands ont adopté mercredi une loi renforçant les pouvoirs d’Angela Merkel pour durcir la lutte contre la pandémie sur fond d’incidents à Berlin entre des milliers d’opposants aux restrictions et la police.

Isabelle LE PAGE et Raphaëlle LOGEROT
Agence France-Presse

Cette réforme de la loi sur la protection contre les infections, qui impose le déclenchement automatique de restrictions sévères au niveau national au-delà d’un certain seuil d’infections, a pu être avalisée grâce aux voix des conservateurs et des sociaux-démocrates, alliés au gouvernement et majoritaires au parlement.

Pour entrer en vigueur, elle devra encore passer jeudi devant le Bundesrat, la chambre haute du Parlement où sont représentées les régions.

PHOTO CHRISTIAN MANG, REUTERS

La situation a dégénéré quand la police a ordonné la dispersion du rassemblement, car les manifestants ne portaient pas de masque de protection et ne respectaient pas la distanciation sociale.

Pendant que les députés débattaient, environ 8000 personnes selon la police ont manifesté non loin du Reichstag, le bâtiment qui abrite le Bundestag, scandant « le confinement ça suffit ! » ou « Paix, liberté, et pas de dictature ! ».

La situation a dégénéré quand la police a ordonné la dispersion du rassemblement, car les manifestants ne portaient pas de masque de protection et ne respectaient pas la distanciation sociale.

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Quelque 150 personnes ont été interpellées.

La plupart sont restés sur place en criant « nous sommes le peuple », certains ont lancé des projectiles en direction de la police qui est intervenue en faisant notamment usage de gaz lacrymogène. Quelque 150 personnes ont été provisoirement interpellées, a-t-elle indiqué. La situation s’était calmée en fin d’après-midi.

Contraire à la constitution ?

Au total, 342 députés ont voté en faveur de la loi, 250 contre et 64 se sont abstenus.  

Les Libéraux du FDP, qui jugent « contraire à la constitution » la mise en place de couvre-feux nationaux prévue par la réforme, avaient annoncé qu’ils voteraient contre, de même que l’extrême droite et la gauche radicale Die Linke. Les écologistes se sont abstenus.

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Pendant que les députés débattaient, environ 8000 personnes ont manifesté non loin du Parlement, scandant « Liberté ! ».

Pour le gouvernement, il est primordial de prendre le contrôle sur la gestion de la pandémie. Celle-ci a fait plus de 80 000 morts dans le pays depuis un an et même si la campagne de vaccination a accéléré, la troisième vague d’infections n’a pas encore atteint son pic, selon les virologues.

« Vacciner et tester ne suffit pas » pour « briser cette troisième vague », a lancé plus tôt le ministre de la Santé Jens Spahn devant l’assemblée, qualifiant la situation, marquée par un nouvel afflux de malades de la COVID-19 dans les hôpitaux, de « très sérieuse ».  

La loi, qui augmente les compétences du pouvoir central dans les domaines sanitaire et éducatif, normalement prérogatives des régions, doit mettre un terme aux tensions avec ces dernières. De nombreux Länder ont jusqu’ici aménagé, voire ignoré des mesures strictes pourtant décidées avec leur aval.

Elle prévoit un verrouillage sévère de la vie publique, prévu dans un premier temps jusqu’au 30 juin, dès que le taux d’incidence, qui mesure les infections sur une semaine, est supérieur à 100 pendant trois jours.

Concessions

La démarche n’a rien d’évident dans une Allemagne très attachée à son système fédéraliste instauré à l’initiative des Alliés après la fin du régime autoritaire nazi, très centralisé.  

La mise en place de couvre-feux au niveau national, dont le contrôle serait assuré par la police, réveille en particulier de mauvais souvenirs dans l’ex-RDA communiste.

Face aux critiques, le gouvernement a assoupli son projet initial d’une interdiction de sortie entre 21 h et 5 h. Il propose désormais un couvre-feu « souple » entre 22 h et minuit, autorisant à se promener ou faire son jogging, puis « dur » entre minuit et 5 h sauf pour se rendre à son travail.

Il a aussi abaissé à 165 le taux d’incidence entraînant la fin des cours en présentiel dans les écoles, également sous la compétence des régions, au lieu d’un niveau de 200 qui a été jugé trop élevé.

Mais pas question d’abandonner l’idée d’un couvre-feu fédéral, qui se veut « un signal de la situation dramatique en Allemagne, et du fait que nous la prenons au sérieux », a expliqué ce week-end le ministre de l’Économie Peter Altmaier.  

Mercredi, le taux d’incidence a légèrement diminué, s’élevant à 160,1 en moyenne, avec un nombre de nouvelles contaminations de près de 23 000. Leur hausse quotidienne a considérablement varié ces derniers jours, entre 10 000 et près de 30 000.