(Bruxelles) L’UE va lancer une négociation pour commander 1,8 milliard de doses supplémentaires de vaccins anti-COVID-19 dits de « 2e génération », pour s’adapter aux futures mutations du coronavirus, avec des livraisons à partir de cette année, ont indiqué deux sources de la Commission vendredi à l’AFP.

Agence France-Presse

Alors que les Européens ont fait face à d’importants retards de livraison des laboratoires, ce nouveau contrat – signé avec un fabricant unique – prévoira une « obligation de livraison » avec un calendrier mensuel (et non plus trimestriel) pour les acheminements.

L’exécutif européen, qui négocie au nom des Vingt-Sept, veut conclure un contrat pour l’achat ferme de 900 millions de doses, assorti d’une option pour 900 millions supplémentaires, précise cette source, confirmant des informations du journal Die Welt.

Ces vaccins, dont les livraisons débuteraient dès cette année et se poursuivraient en 2022 et 2023, s’ajouteront aux 2,6 milliards de doses déjà commandées par l’UE et qui doivent être livrées aux Vingt-Sept cette année et l’an prochain.

L’objectif est d’anticiper l’émergence de variants du nouveau coronavirus, contre lesquels les vaccins actuellement administrés pourraient s’avérer impuissants – ce qui nécessiterait de déployer des vaccins de nouvelle génération modifiés en conséquence.

« Face aux variants qui vont arriver, il faut qu’on se prépare à donner aux gens de nouvelles doses de vaccins, probablement dès cette année, et probablement ensuite dans les deux années qui viennent », indique la source européenne.

De même, la commande vise à anticiper la vaccination de masse des enfants et des adolescents à travers l’UE.

Dans le nouveau contrat, « il faudra que ce qui est livré puisse couvrir tous les nouveaux variants qui pourraient arriver : plutôt que de constituer des stocks du même vaccin, il faudra que la production puisse s’adapter au fur et à mesure », souligne-t-on à la Commission.

Sur le conseil des scientifiques consultés, l’UE veut commander des vaccins basés sur la technologie de l’ARN messager, plus rapide et plus facile à adapter.

S’y ajoute l’exigence de chaînes de production localisées en Europe et capacités suffisantes pour livrer ce 1,8 milliard de doses avec un rythme mensuel contraignant.

« Nous avons l’intention de lancer une “procédure négociée” avec le fabricant que la Commission juge capable de remplir toutes ces conditions », explique à l’AFP une seconde source européenne.

Les critères favorisent explicitement BioNTech-Pfizer : le seul vaccin à ARN messager autorisé pour le moment dans l’UE, avec celui de l’américain Moderna, mais dont les capacités de production sont nettement moindres.  

Le site de production de BioNTech-Pfizer à Marbourg (Allemagne) doit produire 250 millions de doses supplémentaires au premier semestre 2021, pour atteindre à terme un milliard de doses par an.

La nouvelle négociation « se base sur l’expérience des huit derniers mois, sur la manière d’écrire un contrat solide et de s’assurer qu’on a la bonne capacité de production – car on sait que c’est là que le bât blesse », souligne-t-on à la Commission.

Ce nouveau « contrat d’achat » prévoira « une production de base en Europe avec priorité pour l’Europe », afin de « maîtriser la chaîne de production sans être dépendant de l’étranger » pour les ingrédients, indique cette source.

En revanche, à l’inverse des premiers contrats passés en 2020, il n’impliquera cette fois aucun investissement en amont pour financer la recherche.

Les vaccins à ARN messager, basés sur des séquences génétiques pouvant être très vite synthétisées en laboratoire, conduisent les cellules à fabriquer des protéines présentes dans le coronavirus afin d’y habituer le système immunitaire.

Par contraste, les vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson utilisent la technique traditionnelle du « vecteur viral », un procédé beaucoup plus long à développer.

Or, face au variant dit sud-africain, le vaccin d’AstraZeneca apparaît nettement moins efficace – à telle enseigne que les autorités sanitaires françaises ont demandé vendredi ne plus l’utiliser en Moselle, en Guyane, à Mayotte et à La Réunion, où ce variant circule beaucoup.