(Genève) L’Organisation mondiale de la santé a recommandé lundi de continuer à vacciner avec l’AstraZeneca contre la COVID-19, avant de réunir mardi son groupe d’experts pour étudier la sûreté du vaccin.

Agence France-Presse

« Nous ne voulons pas que les gens paniquent et, pour le moment, nous recommandons que les pays continuent de vacciner avec AstraZeneca », a déclaré la cheffe scientifique de l’OMS Soumya Swaminathan au cours d’une conférence de presse à Genève, alors que l’administration de ce vaccin a été suspendue par précaution par plusieurs États après de graves problèmes sanguins chez des personnes vaccinées.

« Jusqu’à présent, nous n’avons pas trouvé de rapport entre ces évènements et le vaccin », a-t-elle ajouté.

« D’après ce que nous avons vu jusqu’à présent dans les données préliminaires, il n’y a pas d’augmentation du nombre des cas d’évènements thromboemboliques », a pour sa part dit la docteure Mariangela Simao, la sous-directrice générale de l’OMS chargée de l’accès aux médicaments et aux produits de santé.

La scientifique a en outre souligné que, pour l’heure, le bénéfice de la vaccination l’emportait sur les risques liés à la COVID-19.

En première ligne dans la lutte internationale contre la pandémie, l’OMS a toutefois annoncé qu’elle allait réunir mardi son groupe d’experts sur la vaccination pour étudier la sûreté du vaccin mis au point par la firme anglo-suédoise AstraZeneca.

« Le Groupe consultatif d’experts de l’OMS sur la vaccination a examiné les données et est en contact étroit avec l’Agence européenne des médicaments. Et nous nous réunirons demain », a déclaré le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Plusieurs pays européens, dont la France, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, ont suspendu « par précaution » l’usage de l’AstraZeneca après de graves problèmes sanguins chez des personnes vaccinées.

L’Autriche avait lancé le mouvement le 8 mars en suspendant un lot de vaccins après la mort d’une infirmière qui venait de recevoir une dose de vaccin. Cette femme de 49 ans est morte à cause d’une mauvaise coagulation sanguine.

« Sommes-nous préoccupés par les mesures de suspension ? Nous comprenons qu’il s’agit de mesures de précaution », a souligné la docteure Mariangela Simao.

Lots européens

Mais rien n’indique un lien de cause à effet, selon le groupe pharmaceutique anglo-suédois.

« Depuis notre dernière conférence de presse, vendredi, plusieurs autres pays ont suspendu l’utilisation des vaccins AstraZeneca par mesure de précaution, après que des caillots sanguins ont été signalés chez des personnes ayant reçu le vaccin de deux lots produits en Europe » a souligné le Dr Tedros.

« Cela ne signifie pas nécessairement que ces évènements soient liés à la vaccination. Mais c’est une pratique courante de les examiner. Et cela montre que le système de surveillance fonctionne et que des contrôles efficaces sont en place » a-t-il ajouté.

À ses côtés, Mariangela Simao a insisté sur le fait que les lots concernés avaient été produits en Europe et ne concernaient donc pas ceux fournis par l’OMS dans le cadre du dispositif Covax.

« Il très clair, et j’aimerais le dire aux pays des régions non européennes, que les vaccins concernés ont été fabriqués en Europe et qu’il ne s’agit pas de ceux fournis grâce au mécanisme Covax, qui sont fabriqués en Corée (du Sud) et en Inde », a-t-elle affirmé.

Le système Covax vise à fournir cette année des vaccins contre la COVID-19 à 20 % de la population de près de 200 pays et territoires participants.

Il comporte un mécanisme de financement qui permet à 92 nations ayant un niveau de développement économique faible ou moyen d’avoir accès aux doses.

Inquiétudes, mais aucune preuve d’un danger

Rien n’indique un lien de cause à effet et l’emballement des autorités de santé divise les professionnels.

« Ça n’a aucun sens (de) procéder à des arrêts de cette vaccination », s’étonnait lundi matin Bruno Riou, cadre de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, sur les ondes de la radio France Inter. « C’est comme si on disait : “Il y a eu un accident de voiture chez un vacciné, on va interdire la conduite ou supprimer la vaccination” ! »

Pourtant, lundi, l’Allemagne, la France et l’Italie ont suspendu le vaccin jusqu’à au moins mardi, lorsque le régulateur européen rendra un nouvel avis. Depuis une semaine, il y a rarement eu une journée sans qu’un autre pays suspende le recours à ce vaccin.

L’Autriche a lancé le mouvement le 8 mars en suspendant un lot de vaccins après la mort d’une infirmière qui venait de recevoir une dose d’AstraZeneca. La femme de 49 ans est décédée à cause d’une mauvaise coagulation sanguine.  

Depuis, c’est l’emballement. À chaque fois, les autorités sanitaires réagissent à des cas, dans leur pays ou à l’étranger, où des personnes vaccinées ont développé des problèmes sanguins parfois mortels.  

Ce sont soit des difficultés à coaguler, comme en Autriche, soit la formation de caillots sanguins (thrombose), pour lequel un seul cas grave a été signalé en France après la prise d’un vaccin AstraZeneca.

Mais les autorités concernées le reconnaissent : il n’y a aucun lien avéré entre ces problèmes de santé et ce vaccin, à part l’enchaînement chronologique. Si celui-ci est suspendu, c’est simplement le temps de s’assurer qu’un tel rapport n’existe pas, ce qui nécessite une véritable enquête scientifique.

C’est un classique principe de précaution qui a l’aval de certains chercheurs.  

« Quand on utilise un produit relativement récent comme tous ces nouveaux vaccins, on doit les surveiller comme le lait sur le feu et dès qu’il y a un signal, même si on n’y croit pas, il faut tout arrêter », estimait jeudi la vaccinologue suisse Claire-Anne Siegrist sur la RTS.

Mais l’approche laisse perplexe nombre d’autres professionnels, qui pointent que ces problèmes de santé ne semblent pas plus fréquents après le vaccin AstraZeneca qu’après les autres actuellement distribués en Europe, Pfizer/BioNTech et Moderna.

« On va trop loin »

C’est d’ailleurs l’argument employé par le groupe lui-même. Dans un communiqué publié dimanche, AstraZeneca souligne que les cas de thromboses après avoir reçu son vaccin sont « similaires » à ceux de ses homologues.

Ces affirmations sont appuyées par les chiffres officiels du Royaume-Uni, l’un des pays les plus avancés dans sa campagne de vaccination. Ils témoignent par ailleurs du caractère extrêmement rare des thromboses.  

Il y en a eu 35 sur les 9,7 millions de personnes ayant reçu une dose AstraZeneca -0,0004 % — et 24 sur les 10,7 millions de vaccinés Pfizer/BioNTech -0,0002 %. Dans chaque catégorie, il n’y a qu’un seul décès.

« Manifestement, la proportion […] n’est pas différente », souligne dans un communiqué Stephen Evans, épidémiologiste à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, cité par l’organisme Science Media Centre, et qui regrette la suspension du vaccin dans de multiples pays.

« C’est tout à fait raisonnable d’étudier attentivement les liens entre vaccins et problèmes de coagulation, mais on va trop loin en (empêchant) les gens de recevoir des vaccins qui peuvent leur éviter de tomber malade », insiste-t-il.

Selon AstraZeneca, les cas de thromboses sont même nettement moins fréquents que la moyenne dans la population.

Cela ne veut pas dire pour autant que le vaccin est sans effets indésirables. En France, les données du régulateur des médicaments, l’ANSM, montrent qu’ils sont plus fréquents à être signalés chez des vaccinés AstraZeneca (0,66 %) que Pfizer/BioNTech (0,19 %) ou Moderna (0,12 %).

Ils sont le plus souvent sans gravité. Lorsqu’ils sont lourds, il s’agit en grande majorité de syndromes proches de la grippe « particulièrement sévères » avec, par exemple, des accès de fièvre intense.

Certains effets peuvent, toutefois, être encore plus graves comme des réactions allergiques qui empêchent de respirer. L’Union européenne les a ajoutées voici quelques jours à la liste des effets secondaires potentiels du vaccin AstraZeneca, même si les cas sont exceptionnels : 41 sur cinq millions.