(Néa Smýrni) Une intervention policière musclée dimanche lors d’un contrôle pour faire respecter le confinement dans une banlieue calme d’Athènes suscite l’indignation dans la capitale grecque, épuisée par quatre mois de mesures restrictives.  

Hélène COLLIOPOULOU
Agence France-Presse

Tournées dimanche après-midi sur la place de Nea Smyrni, à cinq kilomètres du centre-ville, les images d’un jeune homme à terre frappé à coups de matraque par un policier, en présence d’au moins trois autres agents, sont devenues virales.

On entend le jeune homme crier : « j’ai mal », tandis que des passants s’indignent du comportement des policiers.

Selon la police, l’incident a commencé quand les forces de l’ordre ont été attaquées par « trente personnes qui ont causé des blessures à deux de ses agents », ce que de nombreux habitants de Nea Smyrni ont démenti.  

Selon le propriétaire d’un café de la place, les violences ont débuté après des protestations de passants contre des policiers qui étaient en train d’infliger une amende à une famille assise sur un banc de la place.

« La réaction des policiers était brutale, la police est là pour protéger et non pour terroriser les gens sous prétexte de confinement », a déclaré lundi à l’AFP Christina Dimitriadi, 25 ans, sur la place de Nea Smyrni.

« C’est du jamais vu dans notre ville, c’est inadmissible », a ajouté Aphrodite Kokondini, une jeune mère de deux enfants.

Onze personnes ont été arrêtées dimanche lors de cet incident. Peu après, des centaines de personnes se sont rassemblées spontanément dans la soirée pour dénoncer « la dérive policière ». Le rassemblement a été dispersé par la police antiémeute qui a fait usage des gaz lacrymogènes.  

« Nous dénonçons la violence […] les images qu’on a vues n’honorent ni notre ville, ni les citoyens, ni la police », a aussi dénoncé la mairie de Nea Smyrni, dans un communiqué.

« Briser la répression »

Lundi soir, des centaines de personnes ont manifesté à Athènes pour « briser la répression » à l’appel du syndicat communiste PAME, lors d’un défilé organisé pour la Journée de la femme. Une banderole dénonçait « la répression policière » du gouvernement de Kyriakos Mitsotakis accusé d’un tour de vis sécuritaire depuis son élection en juillet 2019.

Les médias et les avocats ont dénoncé une multiplication des agressions policières lors de manifestations étudiantes ou de groupes de gauche. Le barreau d’Athènes a envoyé lundi une lettre au ministère de la Protection du citoyen et au parquet d’Athènes dénonçant les « attaques policières récentes contre avocats et citoyens ».

Selon Andréas Potakis, responsable du médiateur du citoyen, les dénonciations d’incidents de ce type ont augmenté de 75 % ces derniers mois.

Le parquet a ordonné une enquête préliminaire « pour examiner les actes criminels éventuels perpétrés par des policiers » dimanche à Nea Smyrni, selon une source judiciaire. La police a ouvert une enquête interne sur le policier filmé en train de frapper le jeune homme.

« La violence policière n’est pas justifiée […] les responsabilités éventuelles seront attribuées », a promis le ministre de la Protection du citoyen, Michalis Chryssohoïdis.

« Une attaque, en l’absence de provocations, de policiers contre les familles et les jeunes enfants se trouvant sur la place, est la goutte qui fait déborder le vase », a écrit sur son compte Facebook l’ex-premier ministre Alexis Tsipras, chef du principal parti de gauche.

Mais le gouvernement a accusé l’opposition d’« exploiter les tensions et d’enflammer le climat politique et social ».

Pour le politologue Manos Papazoglou, l’incident à Nea Smyrni semble « un cas isolé, mais il faut que le gouvernement veille à éviter les excès et la police doit sanctionner les violences » de dimanche.

« L’opinion publique juge plutôt bonne la gestion gouvernementale de la pandémie, mais avec […] les problèmes économiques et la multiplication des manifestations, il ne faut pas laisser le climat se renverser contre le gouvernement », ajoute-t-il.

La Grèce est en confinement strict depuis le 7 novembre, après un premier confinement de six semaines au printemps 2020.