(Berlin) C’est un camouflet pour le service de renseignements allemand : la justice a suspendu vendredi la mise sous surveillance du parti d’extrême droite AfD qui rompt notamment, selon elle, l’« égalité de chances » entre partis à sept mois des élections.

Mathieu FOULKES
Agence France-Presse

Le tribunal administratif de Cologne a suspendu ce placement sous surveillance, qui avait fuité mercredi, dans l’attente de l’examen d’un recours en référé déposé par la formation Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Le tribunal administratif a notamment jugé que les services de renseignements n’avaient pas « suffisamment veillé » à ce que la mise sous surveillance ne soit pas rendue publique avant l’examen d’un recours de l’AfD.

La décision, prise la semaine dernière, avait été confirmée par plusieurs sources, après des fuites dans la presse. Elle est très sensible à sept mois des élections législatives du 26 septembre.

« Gifle »

Le co-président de l’AfD, Jörg Meuthen a raillé « un service de renseignements qui ne peut rien garder secret ». Il a appelé le dirigeant des renseignements, Thomas Haldewang, à démissionner.

L’autre co-président, Tino Chrupalla, a lui estimé que cette « gifle » donnée au service était une « bonne chose ».

Le service s’était refusé à tout commentaire mercredi, affirmant « ne pas pouvoir s’exprimer publiquement sur cette affaire » en raison d’une procédure de justice en cours, enclenchée en amont par l’AfD. Mais pour les juges administratifs, le mal est fait.

Cette publicité donnée au placement sous surveillance interfère en effet « de façon inacceptable » avec l’égalité des chances entre partis en pleine année électorale.

La mise sous surveillance ne devait toutefois pas concerner les députés et candidats aux élections à venir, régionales ou nationales.

L’Office de protection de la Constitution avait placé le parti parmi les « cas suspects », ce qui lui permet de surveiller ses communications ou encore d’introduire des informateurs dans ses rangs.

Il s’était fondé sur un rapport de 1000 pages des services de renseignement où sont cataloguées « les violations présumées par le parti de l’ordre fondamental libre et démocratique ». Les enquêteurs ont rassemblé plusieurs centaines de discours ou déclarations de responsables de l’AfD à tous les niveaux.

Un élément clé retenu serait l’influence de la frange la plus radicale de l’AfD, appelée « L’Aile » et proche des néonazis. Placé aussi sous surveillance l’an passé, ce mouvement s’est officiellement dissous, mais ses représentants sont toujours dans le parti.

En perte de vitesse

Les autorités accusent ses sympathisants d’avoir par leur discours contribué à la résurgence en Allemagne du terrorisme d’extrême droite, érigé après plusieurs attentats ces dernières années au rang de menace numéro un.

En dépit des promesses réitérées de débarrasser le parti de ses militants les plus radicaux, l’AfD continuerait d’abriter parmi ses 35 000 membres nombre de militants proches de la mouvance néonazie.

Le placement sous surveillance est marqué du sceau politique de l’infamie en Allemagne, car en général réservé à des groupuscules ultra-radicaux.

Créée en 2013, l’AfD est entrée en nombre en 2017 à la chambre des députés et y incarne la première force d’opposition aux conservateurs d’Angela Merkel et aux sociaux-démocrates, membres de la coalition au pouvoir.

Face à la menace d’une mise sous surveillance, ses dirigeants les moins radicaux ont tenté ces derniers mois d’organiser la contre-attaque en affichant une image plus policée et en adoucissant leur rhétorique sur les migrants.

Mais le parti, qui a bâti son succès sur ses prises de position contre la politique migratoire de la chancelière, est actuellement déchiré par des querelles internes et en perte de vitesse dans les sondages.

L’AfD ne parvient pas à capitaliser sur les difficultés économiques et sociales liées à la pandémie ni sur le mouvement contre les masques de protection, pourtant vivace en Allemagne et qui attire nombre de sympathisants de l’extrême droite.