(Hanau) Le chef de l’État allemand a appelé vendredi à ce que toute la lumière soit faite sur un attentat raciste qui a fait neuf morts il y a un an dans son pays et a ravivé les craintes du terrorisme d’extrême droite.

Isabelle LE PAGE
Agence France-Presse

« Un an après l’attentat, la tristesse ne s’est pas estompée, la douleur n’a pas faibli, la colère non plus et toutes les questions n’ont pas été élucidées », a déclaré Frank-Walter Steinmeier à l’occasion d’une cérémonie de commémoration ayant rassemblé 50 personnes dans le centre des congrès de Hanau, la ville de la région de Hesse où l’attaque s’est produite.

Éclaircir toutes les circonstances ayant mené à la tuerie est « une dette de l’État envers la population et surtout les proches de victimes », a-t-il souligné dans un discours, apportant ainsi son soutien aux familles qui se plaignent depuis des mois d’une réticence de la part des autorités à clarifier les faits.

Il a aussi appelé la population à la « cohésion contre la haine, le racisme », faisant écho à de récents propos de la chancelière Angela Merkel, pour qui l’Allemagne doit « résolument et de toutes ses forces combattre ceux qui veulent la diviser ».  

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Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier

Il s’est exprimé au cours d’une cérémonie émouvante pendant laquelle les noms des personnes tuées ont été mentionnés avec plusieurs messages de soutien indiquant qu’« Hanau reste unie ».

« Nous accusons ! »

Il y a un an, Tobias Rathjen, un Allemand lié à la mouvance complotiste, avait abattu neuf personnes âgées de 21 à 37 ans d’origine étrangère dans deux bars à chicha.

Cet homme de 43 ans, qui vivait chez ses parents, est ensuite rentré chez lui où il aurait tué sa mère avant de se suicider.

Avant son acte, il avait diffusé sur l’internet des pamphlets à caractère raciste. Les policiers ont aussi retrouvé chez lui un manifeste truffé de théories complotistes et de références à l’extrême droite.  

Selon le Parquet, il a agi seul. L’enquête est toujours en cours.  

PHOTO ARMANDO BABANI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un mémorial a été installé sur l'une des scènes de crime.

Dans un récent appel intitulé « Nous accusons ! », les proches de victimes ont néanmoins dénoncé « une chaîne de défaillances » ayant permis les crimes et de nouveau réclamé « une explication sans faille » de la part des autorités.

Les familles, que l’assassin présumé, par son suicide, a privé d’un procès, exigent notamment de savoir pourquoi l’auteur de ces crimes avait pu légalement être détenteur d’armes à feu alors qu’il souffrait de problèmes psychiques sévères et avait été plusieurs fois interné de force.  

Selon plusieurs médias, le numéro d’appel de police secours de la ville était par ailleurs injoignable le soir de l’attentat, apparemment par manque de personnel.

L’une des victimes aurait maintes fois tenté d’appeler avant d’être abattue de plusieurs balles dans sa voiture par Tobias Rathjen.

Menaces « bien concrètes »

« Nous avons besoin d’une prise de conscience plus forte de la part » des autorités « car les attentats d’extrême droite, par exemple contre des musulmans, ne sont pas des menaces abstraites, mais bien concrètes », a réclamé le président du Conseil central des musulmans (ZMD) Aiman Mazyek.

Sous-estimé dans les années 2000 par les autorités malgré plusieurs meurtres, notamment d’immigrés turcs par le groupuscule néonazi NSU, le terrorisme brun en Allemagne est aujourd’hui perçu comme un défi de premier plan pour la sécurité intérieure.

Un porte-parole du ministère de l’Intérieur l’a qualifié vendredi de « plus grande menace en Allemagne », qui lutte contre elle selon lui en durcissant notamment la législation sur les armes et en renforçant les effectifs policiers.

Les crimes et délits liés à l’extrême droite ont atteint en 2020 en Allemagne leur niveau le plus élevé depuis 2001, avec plus de 23 000 actes aux motivations racistes, antisémites ou dirigés contre le système démocratique.

Avant l’attentat d’Hanau, l’Allemagne avait été secouée par le meurtre perpétré par un néonazi d’un élu défendant la cause des migrants et la tentative de massacre dans une synagogue à Halle par un sympathisant de l’extrême droite, qui avait finalement tué deux personnes non loin de là.  

Tous deux se sont vu infliger une peine de prison à perpétuité.