(Madrid) Le procès de trois hommes accusés d’avoir appartenu à une cellule djihadiste auteur d’un double attentat ayant fait 16 morts en Catalogne (nord-est de l’Espagne) en 2017 ou, pour l’un d’entre eux, d’en avoir été le complice s’est achevé mercredi et a été mis en délibéré.

Diego URDANETA & Alvaro VILLALOBOS
Agence France-Presse

« Je ne savais pas ce qui allait se passer […] je ne partage pas les idées extrémistes de Daesh » (acronyme arabe de l’organisation État islamique, qui avait revendiqué les deux attentats), s’est défendu le principal accusé, Mohamed Houli Chemlal, un Marocain de 23 ans, dans sa déclaration finale, qu’il a lue.

L’Audience nationale, haut tribunal chargé des dossiers particulièrement importants ou délicats, notamment les affaires de terrorisme, a entendu durant quelque trois mois plus de 200 témoins à San Fernando de Henares, près de Madrid. Ses délibérations et l’annonce de son jugement pourraient prendre plusieurs semaines.

PHOTO LLUIS GENE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un policier dans les minutes qui ont suivi l’attentat au camion-bélier à Barcelone, le 17 août 2017.

Mohamed Houli Chemlal et Driss Oukabir, 31 ans, jugés pour appartenance à la cellule ayant commis les attaques, et Said Ben Iazza, 27 ans, accusé d’avoir aidé le groupe, ont assisté au procès dans un box vitré, assis à un mètre et demi les uns des autres et masqués en raison de la pandémie.

Le premier attentat avait eu lieu le 17 août sur la célèbre avenue des Ramblas à Barcelone, où une camionnette-bélier avait foncé sur les passants, tuant 14 personnes, en majorité des touristes étrangers. Dans sa fuite, le chauffeur avait assassiné une autre personne pour lui voler sa voiture avant de s’enfuir.

Quelques heures après le massacre des Ramblas, cinq autres membres de la cellule avaient perpétré la seconde attaque sur le front de mer de la petite station balnéaire de Cambrils, à 100 km plus au sud, y renversant plusieurs personnes avec un véhicule avant de poignarder mortellement une femme.

Les six auteurs de ces deux attaques, tous des Marocains, étaient tombés sous les balles de la police.

Le parquet a requis 41 ans de prison à l’encontre de Mohamed Houli Chemlal, le principal accusé, pour appartenance à une organisation terroriste, fabrication et détention d’explosifs et complot pour provoquer le chaos.  

D’autres cibles

Durant l’enquête, il avait expliqué à la police que le plan initial de la cellule était de perpétrer des attentats contre des sites célèbres, mentionnant notamment la basilique de la Sagrada Familia à Barcelone.

Les plans de la cellule avaient été bouleversés par l’explosion accidentelle de leur planque à Alcanar, à 200 kilomètres au sud de Barcelone, où les djihadistes fabriquaient des explosifs.

La déflagration, qui blessa Chemlal, 23 ans, avait précipité le passage à l’acte du groupe, endoctriné, selon l’accusation, par un imam marocain de 44 ans, Abdelbaki Es Satty.

Le deuxième accusé, Driss Oukabir, 31 ans, frère d’un des djihadistes morts dans l’attaque de Cambrils, encourt 36 ans d’emprisonnement pour avoir loué la camionnette utilisée comme bélier sur les Ramblas.

Il a assuré qu’il n’était ni membre du groupe ni religieux, et a affirmé n’avoir jamais imaginé que ce véhicule servirait à perpétrer une attaque-bélier en plein centre de Barcelone. « Si j’avais su ce qui allait se produire, j’aurais essayé de l’empêcher », a-t-il dit mercredi, protestant de nouveau de son innocence.

Dernier accusé, Said Ben Iazza, 27 ans, risque huit ans de prison pour avoir prêté un véhicule et des papiers aux assaillants.

« Brisés sur le sol » des Ramblas

L’un des témoignages les plus poignants de ce procès fut celui de Javier Martinez, dont le fils de 3 ans est mort sur les Ramblas.

« Tous les sentiments que l’on a pour continuer à vivre, à se battre se sont brisés sur le sol » des Ramblas, avait-il dit devant le tribunal.

L’Espagne n’a pas subi de nouvelle attaque depuis ces attentats de 2017, mais de nombreux experts estiment qu’elle reste dans le viseur de l’islam radical.

Depuis les attentats d’Al-Qaida à Madrid le 11 mars 2004, l’attentat djihadiste le plus sanglant d’Europe avec 191 morts, quelque 870 personnes ont été arrêtées en Espagne pour des faits liés au terrorisme, selon les chiffres officiels.