(Bruxelles) L’Union européenne tente de mettre de l’ordre dans les restrictions à la libre circulation après les fermetures de frontières décidées par l’Allemagne et la Belgique contre la propagation des variants, en dépit des recommandations adoptées au niveau européen.

Agence France-Presse

La Commission européenne a annoncé lundi qu’elle allait envoyer un courrier à l’ensemble des États membres pour leur rappeler leurs engagements à se coordonner. L’objectif : éviter de revivre le chaos dans les transports consécutif aux fermetures de frontières en pagaille qui avaient suivi l’arrivée de la pandémie au printemps 2020.

L’Allemagne pourrait fermer sa frontière avec la France

Berlin filtre depuis dimanche les passages avec la République tchèque et l’Autriche pour contenir la diffusion des variants du coronavirus, et a laissé entendre qu’il pourrait faire de même avec la France dans les prochains jours, en raison de la situation sanitaire dans le département de la Moselle où est constatée une progression du variant sud-africain, très contagieux.  

Une perspective qui inquiète Paris : « Je ne souhaite pas que l’Allemagne ferme complètement la frontière » avec la France, a réagi lundi le secrétaire d’État français chargé des Affaires européennes, Clément Beaune.  

« Si l’Allemagne devait restreindre encore la circulation » vers la France, « je souhaiterais que l’on définisse ensemble des exceptions les plus larges possibles », a-t-il poursuivi. « Nous avons deux préoccupations majeures : le transport routier […] et les travailleurs frontaliers », a insisté Clément Beaune, qui devait s’entretenir avec les trois ministres-présidents des régions allemandes frontalières avec la France.

Le ministre autrichien de l’Intérieur Karl Nehammer a jugé dimanche « inacceptables » les restrictions, portant notamment sur les Autrichiens voulant passer seulement en transit en Allemagne, et a dénoncé « le chaos » qu’elles entraînent.

Le gouvernement allemand a indiqué lundi qu’il allait « continuer d’observer précisément la situation (sanitaire, NDLR) pour évaluer en continu les mesures de lutte contre la pandémie », soulignant que de tels contrôles avec les pays frontaliers étaient des mesures temporaires et de « dernier recours ».

Les 27 États membres ont adopté conjointement en octobre des recommandations proposées par l’exécutif européen, destinées à coordonner les restrictions à la libre circulation. Ils ont endossé en janvier des mesures actualisées pour tenir compte des nouveaux variants du coronavirus.

Elles visent à éviter les fermetures totales de frontières et les interdictions générales, en préconisant d’éviter les voyages « non essentiels » et de prendre en compte la situation sanitaire de chaque région tel qu’établi par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

« Nous attendons de tous les États membres qu’ils suivent cette approche coordonnée et les restrictions de déplacements basées sur un code couleur commun », a déclaré lundi un porte-parole de la Commission, Christian Wigand, annonçant que la Commission allait envoyer une lettre à tous les États membres pour leur rappeler cette exigence.

La Commission s’inquiète en particulier des restrictions imposées côté allemand aux travailleurs essentiels et des perturbations engendrées dans le transport de marchandises et dans les chaînes d’approvisionnement.

Le filtrage mis en place par l’Allemagne depuis dimanche créait lundi des files d’attente à la frontière avec la République tchèque, selon les médias allemands.

De son côté l’Autriche, craignant que les transporteurs en transit sur son territoire depuis l’Italie ne soient pas tous en possession des documents réclamés par Berlin et soient bloqués sur son territoire, a instauré à son tour dimanche des contrôles à sa frontière sud, suscitant des bouchons et la colère des routiers côté italien.

Quant à l’interdiction belge de tout voyage non essentiel, décrétée en janvier et prolongée jusqu’au 1er avril, elle est jugée problématique, car elle ne tient pas compte de la situation épidémiologique de la région de provenance ou de la destination du voyageur.

Mais la marge de manœuvre de l’exécutif européen pour sanctionner les mesures unilatérales est réduite, car les recommandations ne sont pas juridiquement contraignantes.  

La Commission, qui est en contact avec les États membres, privilégie une approche politique, tout en examinant d’autres moyens d’action possibles dans les traités, mais dont la mise en œuvre prendrait du temps alors que l’urgence est de mise. Le sujet sera sur la table d’une réunion des ministres des Affaires européennes le 23 février.