(Paris) La question du voile, en particulier son interdiction à l’université, s’est invitée malgré tout dans les débats en commission sur le projet de Loi confortant les principes républicains, souvent appelé Loi contre les séparatismes, mardi au deuxième jour de son examen.

Agence France-Presse

Sur des dispositions consacrées à la neutralité du service public, des députés du parti Les Républicains (LR) ont voulu sans succès interdire dans les établissements publics d’enseignement supérieur le port de signe manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, sur le modèle de la loi de 2004.  

Dans leur ligne de mire : l’interdiction du port du voile dans les universités, un débat polémique qui revient régulièrement dans l’actualité depuis une quinzaine d’années.

Défendre et faire évoluer la laïcité

« On assiste à une montée des demandes communautaristes dans l’université », a fait valoir Annie Genevard. « Les universités sont en proie au prosélytisme religieux et au communautarisme », s’est alarmée Anne-Laure Blin tandis qu’Éric Ciotti a considéré que l’interdiction du voile « marquerait une avancée extrêmement importante dans l’histoire de notre République dans la lignée des grands textes qui ont fait évoluer la laïcité ».

« Il n’y a pas de débat interdit », a souligné Mme Genevard alors que les députés LR protestent depuis deux jours contre l’irrecevabilité de plusieurs dizaines d’amendements, accusant le parti fondé par le président Emmanuel Macron (La République en marche), majoritaire, de vouloir éviter certains débats comme celui du voile, l’immigration ou encore le radicalisme.

« On n’avait pas peur de ce débat », a rétorqué le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin arguant que le voile s’invite constamment dans les discussions sur le texte depuis lundi soir.

« Ce débat est noble », a-t-il salué tout en démontant les arguments des trois députés de droite.  

« Le parallèle avec la loi sur l’école de 2004 (qui, entre autres, interdit le port des signes religieux à l’école primaire et au lycée) n’est pas bon puisque l’on parle d’un côté d’adultes et de l’autre d’enfants », a-t-il notamment souligné.

Les amendements des LR se sont heurtés à un mur du refus de LREM au parti La France insoumise, même si certains députés de la majorité se sont inquiétés d’une montée du communautarisme « ou des revendications indigénistes » dans les universités.

La communiste Marie-George Buffet et la LREM Coralie Dubost ont opposé « le respect de la liberté de conscience de chacun » au cœur de la laïcité.  

Le socialiste Boris Vallaud a rappelé l’opposition de la conférence des présidents d’université à une nouvelle législation sur le voile et le député du parti La France insoumise, Alexis Corbière, a dénoncé le risque d’un « athéisme d’État ».

Le risque est d’exclure ces jeunes femmes, a observé Charles de Courson (parti Libertés et Territoires). « Qu’est-ce qu’on aura gagné ? Rien. On aura contribué au séparatisme », a-t-il complété.