(Madrid) Les cas de COVID-19 ont atteint des niveaux record après les Fêtes en Espagne, où plusieurs régions réclament un nouveau confinement strict. Une solution que le gouvernement central exclut toujours, pour le moment.

Emmanuelle MICHEL
Agence France-Presse

Compétente comme les autres régions en matière de santé, Madrid est l’une des dernières à avoir annoncé vendredi de nouvelles restrictions.

Elle demande notamment à ses habitants de ne pas faire de réunions à l’intérieur de leurs logements, a avancé d’une heure, à 23 h, le couvre-feu déjà en vigueur et ordonné la fermeture des bars et restaurants à 22 h. Elle a par ailleurs interdit toute entrée ou sortie d’une vingtaine de villes de la région, sauf pour aller travailler notamment.

En un mois, l’incidence de l’épidémie a plus que doublé en Espagne, passant de 194 nouveaux cas pour 100 000 habitants en deux semaines à 523 jeudi, selon les dernières données publiées par le ministère de la Santé. Dans la région d’Estrémadure (sud-ouest), la plus touchée, ce taux dépasse les 1100.

Après avoir franchi la semaine dernière la barre symbolique des deux millions de cas confirmés, le pays a enregistré vendredi un nombre record de 40 197 cas en 24 h. Le précédent record datait de mercredi.

Ce bilan est toutefois sous-évalué alors qu’une étude de séroprévalence présentée mi-décembre par le gouvernement a révélé que 10 % des Espagnols, soit environ 4,7 millions de personnes, avaient contracté le virus.

Au total, le nombre de morts s’élève à plus de 53 300 dans le pays.

PHOTO MANU FERNANDEZ, ASSOCIATED PRESS

La campagne espagnole de vaccination a débuté le 27 décembre.

Après une dure et précoce seconde vague démarrée en juillet, juste après la fin du confinement, la situation s’était pourtant stabilisée à la fin de l’automne.

Mais « il y a eu un changement significatif de tendance », autour de l’Épiphanie, le 6 janvier, jour férié lors duquel la plupart des enfants espagnols reçoivent leurs cadeaux, a souligné jeudi l’épidémiologiste en chef du ministère de la Santé, Fernando Simon, lors d’une conférence de presse.

Les unités de soins intensifs, avec un taux d’occupation moyen de 28 %, « sont en souffrance », a-t-il ajouté.

Nouveau confinement exclu

Les autorités attribuent cette hausse aux réunions familiales de fin d’année, qui avaient pourtant été strictement encadrées, plutôt qu’à un éventuel impact de la nouvelle variante plus contagieuse du virus apparue au Royaume-Uni, dont 88 cas ont été identifiés jusqu’ici en Espagne.

« La souche britannique a eu un effet très réduit, d’après nos observations », a expliqué M. Simon, même si 200 cas suspects sont encore en cours d’analyse.

Afin de tenter de freiner l’explosion des nouveaux cas, cinq régions ont demandé au gouvernement central de leur permettre d’imposer des confinements stricts de la population à domicile dans les villes ou les quartiers les plus touchés.

Mais l’exécutif du socialiste Pedro Sanchez se refuse pour l’instant à prendre cette mesure drastique, population et entreprises restant encore traumatisées par le confinement du printemps, l’un des plus stricts au monde. Contrairement à leurs voisins européens, les Espagnols ne pouvaient même pas sortir une heure prendre l’air ou faire du sport.

Cette mesure « ne semble pas nécessaire pour l’instant », a estimé M. Simon, une stratégie qui contraste avec de nombreux autres pays comme la Grande-Bretagne, qui a reconfiné sa population.

Pour les autorités, les diverses restrictions mises en œuvre dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire en vigueur jusqu’en mai et que les régions durcissent (couvre-feu, bouclage de certaines villes ou zones, réduction des capacités et horaires de fermeture des bars et restaurants, interdiction de rentrer sauf raison valable dans une région…) sont suffisantes.

Face à ce refus, la Castille-et-Leon (centre), l’une des régions qui réclamaient une telle mesure, a appelé vendredi ses habitants à rester chez eux « le plus possible » et avancé son couvre-feu à 20 h. Le Pays basque (nord) souhaite, lui, le fixer à 18 h comme en France.

L’Aragon (nord) a annoncé pour sa part vendredi le bouclage de ses trois principales villes, dont Saragosse.

Enfin, la Catalogne a décidé vendredi de reporter à fin mai les élections régionales qui étaient prévues le 14 février, en raison de la recrudescence du virus.