(Londres) La justice britannique a condamné lundi à la prison à vie un ressortissant libyen qui a tué trois hommes et blessé trois autres au couteau le 20 juin dernier lors d’une attaque qualifiée de « terroriste ».

Sylvain PEUCHMAURD
Agence France-Presse

Khairi Saadallah, 26 ans, avait poignardé ses victimes au hasard dans un parc de Reading, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Londres, en criant « Allah Akbar ». L’attaque n’avait pas été revendiquée.

L’accusé avait plaidé coupable de meurtres et tentative de meurtre en novembre dernier.

Malgré les dénégations de l’accusé à ce sujet, la justice a retenu le caractère « terroriste » de l’attaque, ainsi que la préméditation, selon un communiqué du parquet britannique.

L’attaque, qui a duré à peine une minute, a été « si rapide, impitoyable et brutale » qu’aucune des victimes « n’a eu la moindre chance de réagir, et encore moins de se défendre », a souligné le juge Nigel Sweeney lors du prononcé de la peine à la cour de l’Old Bailey à Londres.

Le magistrat a souligné que l’accusé avait utilisé son expérience en tant que soldat dans la rébellion pendant la guerre civile en Libye en 2011 pour viser chez ses victimes « une zone vulnérable où un seul coup de couteau, comme c’était son intention, causerait inévitablement la mort ».

Le juge a écarté les problèmes psychiatriques invoqués par la défense et estimé que l’accusé avait comme motivation de défendre « une cause politique, religieuse ou idéologique ».

Dans le box, l’accusé n’a manifesté aucune émotion.

Ce 20 juin, dans le parc peuplé d’une foule venue profiter d’une fin de journée ensoleillée après des semaines de confinement contre le coronavirus, il avait, muni d’un couteau d’une lame de 20 centimètres, tué James Furlong, 36 ans, David Wails, 49 ans et Joseph Ritchie-Bennett, 39 ans.

Ses trois autres victimes, Stephen Young, 51 ans, Patrick Edwards, 29 ans et Nishit Nisudan, 34 ans, avaient été blessées. L’agresseur avait ensuite pris la fuite avant d’être pris en chasse par un policier qui n’était pas en service, puis rapidement arrêté.

« Djihadiste convaincu »

Après son arrivée au Royaume-Uni en 2012, l’accusé, demandeur d’asile, avait été condamné pour des affaires de droit commun, notamment pour vol et agression. Pendant son incarcération, il avait fréquenté un prêcheur radical lié à un groupe interdit et classé « terroriste ».

Gary Furlong, père de l’une des victimes, a souligné les « graves questions » qui se posent quant à sa libération quelques jours avant son geste. « Quand il était en prison », il a été décidé « deux semaines avant l’attaque que son expulsion était dans l’intérêt du public, mais pour des raisons juridiques elle n’a pu se produire », a-t-il déploré.

« Saadallah est un djihadiste convaincu et avait l’intention de tuer autant de personnes que possible en cette soirée ensoleillée du mois de juin », a réagi la cheffe des services antiterroristes du sud-est Kath Barnes, soulignant la préparation méticuleuse de l’attaque.

Des images de vidéosurveillance prises trois jours avant les faits le montrent dans le parc en train de repérer les lieux.

Selon des sources sécuritaires citées par la presse britannique, Khairi Saadallah se trouvait en 2019 dans le radar du renseignement intérieur (MI5) pour de possibles velléités de se rendre à l’étranger à des fins terroristes.

Dans les mois qui avaient précédé cette affaire, deux attaques au couteau attribuées à des islamistes avaient frappé Londres.  

Le 2 février 2020, trois personnes avaient été blessées lors d’une attaque dans une rue commerçante. L’assaillant avait été tué par les forces de l’ordre.

Fin novembre 2019, un djihadiste en liberté conditionnelle avait tué deux personnes en plein cœur de la capitale avant d’être lui aussi abattu par la police, sur le London Bridge.