(Rome) Des critiques ont émergé jeudi sur les bilans officiels donnant le nombre de contaminations au coronavirus en Italie, avec une bataille d’experts autour de la grande quantité de tests effectués et un nombre probablement surestimé des cas de vrais malades.

Françoise KADRI
Agence France-Presse

La Protection civile italienne a publié jeudi une nouvelle liste des personnes testées positives, passées à 650 contre 400 mercredi, dont 17 décès (contre 12 auparavant).

Méthodologie contestée

Mais plusieurs hauts responsables supervisant la crise du coronavirus en Italie ont critiqué jeudi la méthodologie de certaines régions, et les bilans publiés deux fois par jour par la Protection civile incluant toutes les personnes dont le test a été positif, et non les seuls malades.

Pour Walter Ricciardi, membre italien de la direction de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et conseiller du gouvernement depuis lundi, l’Italie a effectué « trop de tests » : plus de 11 085 depuis vendredi, contre un millier en France par exemple.

PHOTO D’ARCHIVES ANDREA PATTARO, AFP

Des touristes portant le masque durant une balade en gondole à Venise.

M. Ricciardi a qualifié notamment d’« erreur » les tests menés sur « des personnes sans symptômes », citant en particulier la Vénétie, l’une des principales régions touchées, qui aurait selon lui dû les limiter aux personnes ayant été en contact avec des malades.

Selon cet expert international en santé publique, « tout cela a créé de la confusion et une alarme sociale », et a obligé le gouvernement à transmettre à l’OMS « par souci de transparence » des chiffres « avec une grande possibilité de surestimer la réalité ».

L’Italie aurait seulement dû communiquer les « cas cliniques » de personnes présentant de la toux, de la fièvre et des problèmes respiratoires et ayant séjourné ou été en contact avec des malades, a estimé le directeur de l’hôpital de référence pour les maladies infectieuses, le Spallanzani de Rome, Giuseppe Ippolito, sur la base des normes de l’OMS.  

Dans tous les pays du monde, on donne les cas de contagion quand il y a des symptômes. On peut être positif au test et ne présenter aucun symptôme.

Giuseppe Ippolito, directeur de l’hôpital Spallanzani de Rome

Selon la Protection civile, sur les 588 cas positifs, 248 personnes sont hospitalisées (dont 56 en soins intensifs) et 284 confinées à domicile parce qu’elles présentent peu ou pas du tout de symptômes.

Le chef de la Protection civile, Angelo Borrelli, a défendu l’énorme quantité de tests italiens réalisés jusqu’à présent par la volonté d’isoler la source principale de l’épidémie qui a été rapidement trouvée à Codogno, à 60 km au sud de Milan.

Le patient 1, dont découlent la plupart des cas de Lombardie, est un homme de 38 ans, qui y était hospitalisé et a infecté sa femme enceinte, ses médecins, des aides-soignants et d’autres patients, des cas qui ont ensuite fait boule de neige dans la région.

Impératif de tester beaucoup, au début

« Les tests ont servi comme précaution maximale. Nous les avons effectués systématiquement dans certaines zones pour déterminer la zone de foyer » de l’épidémie, a-t-il dit.

Maintenant que les deux foyers ont été localisés – le deuxième en Vénétie étant lié au premier– le gouvernement a pris de nouvelles dispositions pour ne tester que les cas potentiellement suspects : « Ce n’est pas une correction (de la méthodologie), nous revenons à une situation normale », a argué M. Borrelli.

Le président de l’Institut supérieur de la Santé, Silvio Brusaferro, a confirmé que la recommandation est désormais de « faire le test sur des personnes avec symptômes ou des caractéristiques particulières », mais qu’initialement, il y a « sans doute eu un recours aux tests dans les zones touchées ou dans l’entourage étroit » des premiers malades.

Il a évoqué un total de 282 cas avérés de contagion par l’ISS, qui peut mettre plusieurs heures à confirmer que « le test diagnostic est positif ».

Le chef de la diplomatie italienne Luigi Di Maio s’est inquiété devant la presse étrangère des effets de la crise sur l’économie et le tourisme, appelant les touristes étrangers à revenir : « Nos enfants vont à l’école. Si nos enfants vont à l’école, alors les touristes et les entrepreneurs peuvent également venir ».

« Sur plus de 7000 municipalités en Italie, un peu plus d’une dizaine sont concernées » par l’épidémie, a-t-il souligné, arguant que l’Italie est un pays « fiable et transparent » et qu’elle ne doit pas être pénalisée « parce que nous faisons plus de contrôles ».