(Paris) Comment le premier Français décédé après une infection au coronavirus a-t-il été contaminé ? Une enquête est en cours pour retracer le parcours de cet enseignant de 60 ans, qui n’avait pas voyagé dans une zone à risque.

Paul RICARD
Agence France-Presse

Pour l’heure, le bilan de la maladie  COVID-19 en France est de deux morts (le Français de 60 ans dont le décès a été annoncé mercredi et un touriste chinois de 80 ans), douze guérisons et quatre malades hospitalisés.

Cela représente 18 personnes au total, mais la découverte de nouveaux cas semble s’accélérer. Deux ont été annoncés mardi soir, trois mercredi matin, dont le sexagénaire décédé, et un mercredi soir. Aucun malade n’avait été repéré en France depuis le 15 février, mais entre-temps, la maladie a gagné l’Italie, pays frontalier qui est aussi celui d’Europe le plus touché.

Le patient décédé, qui constitue « le 17e cas confirmé » en France, « est un homme de 60 ans, français, qui a été testé en urgence hier à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans un état gravissime et qui est malheureusement décédé dans la nuit », a annoncé le N.2 du ministère, Jérôme Salomon, lors d’une conférence de presse dans la matinée.

Il avait dans un premier temps été hospitalisé à Creil, a ensuite précisé l’Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France.

PHOTO CHARLES PLATIAU, REUTERS

Le 17e cas confirmé en France, un Français de 60 ans, est arrivé mardi dans un état critique à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, et est décédé durant la nuit.

La victime est un enseignant d’un collège de Crépy-en-Valois dans l’Oise, selon le ministère de l’Éducation nationale. Cet établissement fait partie des zones académiques en vacances scolaires depuis le 14 février au soir et reprendra les cours lundi.

L’enseignant n’avait pas séjourné dans une « zone d’exposition à risque », a déclaré le directeur général de l’ARS. « L’enquête a été lancée en urgence » sur ce patient, selon le M. Salomon.

La direction de l’hôpital de Creil et les autorités de santé ont décidé mercredi soir de fermer le service de réanimation de l’établissement « pour une durée de 14 jours », suite à « une évaluation du risque pour les soignants ».

Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé mercredi soir un 18e cas diagnostiqué positif : l’épouse d’un patient hospitalisé à Annecy, un Français de 64 ans, de retour de Lombardie dont la contamination avait été rapportée mardi soir. L’état de santé de ces deux personnes n’inspire pas d’inquiétude.

L’un des autres cas annoncés mercredi est « un homme français de 55 ans actuellement hospitalisé à Amiens et qui est dans une situation clinique grave […] en réanimation », a détaillé le M. Salomon. Lui aussi originaire de l’Oise, il n’avait pas non plus voyagé dans une zone à risque et avait d’abord été hospitalisé à Compiègne, selon l’ARS Hauts-de-France.

Le dernier est « un homme français de 36 ans hospitalisé à Strasbourg », qui « ne présente pas de signe de gravité », a poursuivi Jérôme Salomon, indiquant que ce patient revenait de Lombardie, région italienne la plus touchée par la maladie.

Mardi soir, outre le Français de 64 ans, le ministère avait annoncé la contamination d’une Franco-Chinoise de 33 ans revenue de Chine le 7 février, qui avait réduit ses contacts depuis et avait été hospitalisée pour simple « surveillance » à Paris.

Cette jeune femme, testée négative au nouveau coronavirus et porteuse de « traces de guérison », « est sortie » de l’hôpital mercredi soir, a précisé Jérôme Salomon.

Elle constitue la 12e patiente guérie en France.

Polémique sur le soccer

Les chefs de partis représentés au Parlement, les présidents de groupes parlementaires et les présidents d’assemblées participeront jeudi matin à une réunion à Matignon, où le premier ministre Edouard Philippe fera un point sur la situation.

Emmanuel Macron, lui, sera à Naples pour un sommet franco-italien prévu de longue date.

Par ailleurs, la crise en Italie a provoqué des craintes autour du match de foot qui a opposé mercredi soir l’Olympique lyonnais à la Juventus Turin en 8e de finale de Ligue des champions.

PHOTO DANIEL COLE, AP

Des fans italiens du Juventus de Milan arrivent à Lyon avant le match d’aujourd’hui contre l’équipe locale de soccer, l’Olympique. Ce déplacement de nombreuses personnes venues d’une zone infectée a causé une polémique en France.

De Marine Le Pen à Ségolène Royal, plusieurs figures de l’opposition ont critiqué l’autorisation donnée aux supporteurs de la Juventus de se rendre à Lyon.

« Il n’y a pas lieu d’empêcher ces personnes de se rendre » au match, a répété le ministre de la Santé Olivier Véran.

En revanche, le dernier jour du carnaval de Nice, qui devait s’achever samedi, a été annulé « à titre préventif », a annoncé le maire Christian Estrosi, soulignant que l’événement attirait « un flux international important et notamment nos voisins italiens ». La manifestation était en cours depuis le 15 février.

Selon le M. Salomon, le numéro vert (0 800 130 000) mis en place pour répondre aux questions sur le coronavirus a reçu 25 000 appels mardi et 21 000 mercredi. Son amplitude d’ouverture a été élargie de 8 h à 21 h.

Pour les aider à répondre à leurs administrés, les maires d’Ile-de-France ont reçu mercredi un « kit d’information » synthétisant les conseils gouvernementaux, notamment sur les écoles où les consignes nationales ont parfois été appliquées de manière disparate.

Les craintes liées au coronavirus rejaillissent sur plusieurs secteurs, dont le tourisme : les réservations des vacanciers français pour plusieurs pays d’Asie, principalement le Vietnam, la Thaïlande et le Cambodge en plus de la Chine, se sont effondrées et les touristes commencent à s’interroger sur l’Italie, selon les voyagistes.