(Paris) L’écrivain français Gabriel Matzneff, visé par une enquête pour viols sur mineurs, sera en outre jugé le 28 septembre 2021 pour apologie de crime à Paris devant une chambre du tribunal correctionnel spécialisée dans les affaires de presse et de liberté d’expression.

Agence France-Presse

L’écrivain a été cité à comparaître par l’association de prévention de la pédophilie l’Ange Bleu. Cette procédure permet à une victime de convoquer directement l’auteur présumé devant le tribunal, sans qu’une enquête préalable ne soit menée. C’est à la victime de collecter les preuves de culpabilité de l’auteur présumé des faits.

Actes pédophiles et viol décrits dans trois publications

Dans sa citation à comparaître, que l’AFP a pu consulter, l’association évoque trois articles parus entre fin décembre et début janvier dans les hebdomadaires L’Obs et L’Express, ainsi que dans le quotidien Le Parisien, et accuse l’écrivain d’avoir fait l’apologie d’actes pédophiles « et précisément de crime de viol aggravé » en évoquant la relation qu’il a eue avec Vanessa Springora.

PHOTO MICHEL EULER, AP

L'avocat des présumées victimes, Me Mehana Mouhou, arrive au tribunal en compagnie de l'activiste pour les droits de enfants Latifa Bennari.

Un appel à témoins pour retrouver d’autres victimes a été lancé mardi et une perquisition a eu mercredi dans les locaux des éditions Gallimard à Paris dans le cadre de cette enquête, a appris l’AFP de source proche du dossier, confirmant une information de Mediapart.

Une perquisition pour trouver des passages autocensurés par l'auteur

Les enquêteurs recherchaient des passages écrits de l’écrivain ne figurant pas dans ses ouvrages publiés, a indiqué une source proche du dossier à l’AFP.

Dans un entretien à l’ex-site Biffures, en 2008, M. Matzneff déclarait avoir « autocensuré » des « passages » de ses écrits qui risquaient d’être « jugés spécialement scandaleux » et les avoir mis « en sécurité dans un coffre de banque ».

Selon Mediapart, ce coffre-fort a été « localisé » par les enquêteurs.

Les enquêteurs s’étaient déjà rendus en janvier dans les locaux de Gallimard pour y chercher les ouvrages de Gabriel Matzneff.

Selon une source proche du dossier, confirmant une information de Mediapart, ils s’intéressent aussi à Christian Giudicelli, son éditeur chez Gallimard et compagnon de voyage aux Philippines.

L’éditrice Vanessa Springora a été auditionnée par les policiers le 29 janvier, tout en ne voyant qu’une « portée symbolique » à cela à cause de la prescription des faits. Elle est à ce jour la seule femme à avoir témoigné publiquement parmi les adolescentes séduites par Gabriel Matzneff.

PHOTO ÉDITIONS GRASSET

Vanessa Springora

Vanessa Springora a publié début janvier un livre, Le consentement, dans lequel elle met en cause l’écrivain de 83 ans pour ses relations avec des mineurs.

Cette publication sur leur relation dans les années 1980 alors qu’elle n’avait pas encore 14 ans a entraîné l’ouverture par le parquet de Paris d’une enquête préliminaire pour « viols commis sur mineur » de moins de 15 ans.

L’attirance revendiquée de Gabriel Matzneff pour les « moins de 16 ans » et pour le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie, qu’il a racontée dans des livres, a pendant longtemps été tolérée dans le monde littéraire parisien.