(Paris) La police française a lancé mardi un appel à témoins pour retrouver d’éventuelles victimes dans le cadre de l’enquête ouverte pour viols sur mineur de moins de 15 ans visant l’écrivain français Gabriel Matzneff.

Agence France-Presse

« Vous avez été victimes ou témoins d’agissements à caractère sexuel, susceptibles de concerner cette enquête, la police judiciaire tient à vous garantir qu’elle est mobilisée et se tient parfaitement disponible pour accueillir votre parole », est-il écrit dans l’appel à témoin auquel est joint un numéro de téléphone.

PHOTO CHRISTOPHE ÉNA, AP

Le livre Le Consentement, dans lequel Vanessa Springora affirme avoir été séduite par Gabriel Matzneff quand elle avait 14 ans.

L’enquête avait été ouverte début janvier, juste après la sortie d’un livre de l’éditrice Vanessa Springora où celle-ci raconte sa relation sous emprise avec l’auteur, au milieu des années 1980, alors qu’elle avait à peine 14 ans.  

Matzneff et son oeuvre salués par le prix Renaudot

Ce témoignage douloureux a fait l’effet d’un pavé dans la mare dans un monde littéraire qui a longtemps toléré les pratiques pédophiles de l’écrivain, récompensé du prestigieux prix Renaudot en 2013.  

Aujourd’hui âgé de 83 ans, Gabriel Matzneff a toujours ouvertement revendiqué son goût pour les jeunes de « moins de 16 ans » -titre d’un de ses essais- et le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie, sans être jamais poursuivi.

Pour éviter qu'il y ait des « victimes oubliées »

Au-delà de Vanessa Springora, l’enquête lancée par le procureur de Paris Rémy Heitz visait à « identifier toutes autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l’étranger ».

M. Heitz avait annoncé dans la matinée qu’un appel à témoins serait lancé mercredi pour éviter qu’il y ait des « victimes oubliées ». « S’il y a eu d’autres victimes », il faut « leur permettre de s’exprimer, de prendre en compte leur parole et de poursuivre l’auteur des faits », a-t-il ajouté.

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Gabriel Matzneff le 12 juillet 1990 lors d’une réception à Paris.

L’éditrice a été entendue fin janvier par les enquêteurs, mais les faits la concernant sont prescrits.

Matzneff se plaint d'être « un mort vivant »

Dans une interview publiée mardi dans le New York Times, Gabriel Matzneff s’emporte contre ceux qui veulent le juger.

Qui sont-ils pour juger leurs semblables ? Ces associations pour la vertu, comment couchent-elles, qu’est-ce qu’elles font au lit et avec qui couchent-elles, quels sont leurs désirs secrets et refoulés ?

Gabriel Matzneff, dans une entrevue publiée mardi dans le New York TImes.

« J’ai l’impression d’être un mort vivant, un mort marchant, marchant le long du front de mer », ajoute l’écrivain interrogé par le quotidien américain sur la Riviera italienne où il s’est réfugié depuis que l’affaire a éclaté.

Dans une interview diffusée fin janvier, il avait affirmé « regretter » ses pratiques pédophiles passées en Asie, tout en faisant valoir qu’« à l’époque », « jamais personne ne parlait de crime ». Dans une lettre, il avait dit ne pas mériter « l’affreux portrait » publié par l’éditrice.