Les forces anti-émeutes ont fait usage de gaz lacrymogènes lundi sur l’île grecque de Lesbos contre des migrants, qui manifestaient contre une nouvelle loi durcissant les procédures d’asile en Grèce, a-t-on appris de source policière.

Agence France-Presse

Brandissant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire en anglais « Freedom » (liberté), quelques 2000 migrants réclamaient l’examen de leurs demande d’asile, que certaines attendent depuis des mois voire des années, et protestaient contre les conditions de vie à proximité et à l’intérieur du camp de Moria, le plus grand des camps de Grèce.

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La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour empêcher la foule d'atteindre le chef-lieu de l'île, Mytilène.

Ils avaient parcouru une distance d’environ 7 km entre le camp de Moria et le port de Mytilène, quand des policiers anti-émeutes leur ont barré la route en lançant des gaz lacrymogènes, selon la même source.

Toutefois, des centaines de demandeurs d’asile ont réussi à atteindre le port pour y manifester, a constaté une correspondante de l’AFP.

90 000 migrants de plus

Le Haut commissariat des réfugiés de l’ONU (HCR) en Grèce souligne les « retards significatifs » pris par les services grecs de l’asile, avec près de 90 000 demandes en souffrance dans un pays qui compte actuellement 112 300 migrants sur les îles et sur le continent, selon les chiffres du HCR.

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Un migrant saute d'un radeau de migrants arrivé de la côte turque à Lesbos le 19 octobre 2015.

« L’accumulation significative des candidatures à l’asile et les graves retards pris dans les procédures d’asile contribuent de manière importante aux conditions dangereuses de surpopulation observée sur les îles », a déclaré à l’AFP Boris Cheshirkov, porte-parole de la section grecque du HCR.

Face au nombre constant d’arrivées de demandeurs d’asile sur les îles grecques en provenance de la Turquie voisine, le gouvernement de droite a fait voter une loi, entrée en vigueur en janvier, prévoyant des délais brefs pour examiner les demandes d’asile, en vue de renvoyer les demandeurs non éligibles ou déboutés dans leurs pays d’origine ou vers la Turquie voisine.

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Des migrants avec des poussettes d'enfants ont confronté la police lors de la manifestation qui s'est déroulée à l'extérieur du camp de Kara Tepe. sur l'ile de Lesbos, en Grèce.

Dans les camps, des dizaines de milliers de migrants, arrivés avant janvier, protestent contre les retards importants dans le traitement de leurs demandes d’asile, les empêchant de quitter les îles.

« Les autorités donnent la priorité à ceux qui sont arrivés récemment » et non pas aux demandeurs d’asile qui attendent depuis longtemps, a souligné Boris Cheshirkov.

La majorité des 19 000 migrants attendant au camp de Moria, dont la capacité est de 2700 personnes, « vivent dans des conditions terribles, sans accès à l’eau ou l’électricité », a-t-il rappelé.

Le HCR-Grèce a appelé « les autorités à mettre en place des procédures justes et efficaces pour identifier ceux qui ont besoin d’une protection internationale en respectant les normes et les garanties adéquates ».

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Des migrants brandissant des bannières durant une manifestation, avant l'intervention policière.

La situation est devenue explosive à Lesbos, Samos, Kos, Chios et Leros, sur la mer Egée, où vivent 42 000 demandeurs d’asile pour 6200 places.

Les bagarres entre demandeurs d’asile y sont en outre fréquentes, et au moins quatre personnes ont perdu la vie ces derniers mois.