(Londres) Le gouvernement britannique soupçonnait la famille du célèbre agent double britannique George Blake, décédé samedi, de vouloir tirer profit de sa notoriété après sa fuite en URSS, révèlent des documents déclassifiés mercredi.

Agence France-Presse

Les Archives nationales britanniques ont déclassifié toute une série de documents gouvernementaux remontant à 1969, soit trois ans après l’évasion de prison puis la fuite vers Moscou de la « taupe » britannique qui espionnait pour le compte du KGB soviétique.  

Dans une lettre secrète, un haut responsable des services de renseignement rapportait que la famille de George Blake avait été approchée par la BBC pour une interview.  

La mère et la sœur de l’espion « ont montré par le passé une fâcheuse disposition à vouloir vendre son histoire », « l’exhortant à accepter d’importantes rétributions », expliquait dans cette missive secrète Edward Peck.

George Blake, qui est mort samedi à 98 ans après avoir vécu pendant des décennies en Russie, avait été recruté par les services secrets britanniques. Il avait ensuite proposé ses services aux Soviétiques dans les années 1950, après avoir été témoin de bombardements américains sur des populations civiles en Corée.  

Dénoncée par un agent double polonais, cette « taupe » avait été condamnée en 1961 à 42 ans de réclusion. Mais l’ex-agent double s’était échappé en 1966 de sa prison londonienne, avant de rejoindre clandestinement l’URSS via l’Allemagne de l’Est.  

Dans sa lettre, Edward Peck suggérait qu’un diplomate de haut rang s’entretienne « de façon informelle » avec la BBC et l’autorité de régulation de la télévision afin de les dissuader de réaliser cet entretien, estimant que George Blake ne devrait pas « avoir l’occasion de glorifier sa trahison » et de tirer profit de son crime et de son évasion.  

En 1996, le parquet britannique avait poursuivi l’ex-agent double pour avoir publié en 1990 ses mémoires, intitulées No Other Choice. La justice britannique avait alors privé M. Blake de 90 000 livres de droits d’auteur, qu’il avait pu partiellement récupérer par la suite.