(Londres) Frappé par une souche plus contagieuse du nouveau coronavirus, le Royaume-Uni se trouve brutalement coupé du monde lundi après la décision de nombreux pays de suspendre leurs liaisons, au risque d’un chaos dans ses approvisionnements à quelques jours de Noël et du Brexit.

Sylvain PEUCHMAURD
Agence France-Presse

Déjà très critiqué pour ses hésitations et revirements au fil de cette année de crise, le premier ministre Boris Johnson a provoqué la stupeur et parfois la colère pendant le week-end en reconfinant, avec quelques heures de préavis, 16 millions d’habitants de Londres et du sud-est de l’Angleterre.

Nombre d’entre eux se préparaient à traverser leur pays pour se retrouver en famille pour les fêtes, après des mois à réduire leurs contacts. Et la décision des pays voisins comme la France de couper pour 48 heures les liaisons avec la Grande-Bretagne bouscule les chaînes d’approvisionnement en pleins derniers préparatifs de Noël, mais aussi au moment où les entreprises sont engagées dans une course contre la montre pour remplir leurs stocks avant la sortie du marché unique européen le soir du 31 décembre.

Face à la pagaille qui s’amorce, Boris Johnson préside dans la matinée une réunion de crise « pour discuter de la situation concernant les déplacements internationaux et en particulier les flux réguliers du fret vers et à partir du Royaume-Uni », selon un porte-parole de Downing Street.  

Sur les autoroutes du sud de l’Angleterre, les panneaux annoncent que la frontière française est fermée, exhortant les usagers à rester chez eux.

Le port de Douvres (sud-est), principal port transmanche anglais, a annoncé fermer pour le trafic sortant « jusqu’à nouvel ordre ».  

Insistant sur la nécessité de débloquer le trafic transmanche « dès que possible », le ministre des Transports britannique Grant Shapps a indiqué être en contact étroit avec son homologue français Jean-Baptiste Djebbari. Les Français « nous ont dit qu’ils veulent que le trafic des camions reprenne aussi vite que possible », a-t-il expliqué, appelant les Britanniques à « ne pas se déplacer ».

Tout en s’attendant à faire face à des « perturbations à un certain degré » lundi, le ministre britannique s’est voulu rassurant quant à l’approvisionnement des rayons des supermarchés, expliquant sur la chaîne d’information Sky News que les liaisons transmanche représentent 20 % du trafic de marchandises.

Selon lui, les routiers touchés sont principalement européens, « les marchandises sont principalement les leurs, ils ne veulent pas qu’elles se perdent, pas plus que nous voulons que la frontière soit fermée », a-t-il souligné.

L’ancien aéroport de Manston est prêt à accueillir jusqu’à 4000 camions pour décongestionner le réseau routier.

« Hors de contrôle »

Malgré les assurances du gouvernement, les marchés financiers ont accueilli avec inquiétude cette nouvelle fermeture des frontières, la livre sterling piquant du nez.

Selon le British Retail Consortium (BRC), organisme fédérant des entreprises du commerce de détail, les « problèmes immédiats » d’approvisionnement devraient être évités, compte tenu des stocks faits par les commerçants à l’approche de Noël. La constitution de ces réserves a d’ailleurs entraîné une hausse du trafic ces derniers jours, avec d’importants bouchons sur les routes à la clé.

« En revanche, toute fermeture prolongée de la frontière française serait problématique » à l’approche de la fin de la période de transition post-Brexit qui s’achève au 31 décembre, souligne le BRC.

À dix jours de l’échéance, les négociations commerciales post-Brexit entre Londres et Bruxelles n’ont toujours pas abouti et en cas d’échec, l’introduction soudaine de quotas et droits de douane fait craindre le chaos dans les approvisionnements du pays.

Le Royaume-Uni, un des pays les plus durement touchés en Europe avec plus de 67 000 morts et un record de près de 36 000 cas enregistrés dimanche, voit l’épidémie repartir brutalement avec une mutation du SARS-CoV-2 70 % plus contagieuse, selon Londres.  

En agissant en catastrophe, le gouvernement a  contraint bien des Britanniques de faire une croix sur leurs retrouvailles de Noël.

Admettant dimanche que cette nouvelle variante du virus était « hors de contrôle », le ministre de la Santé Matt Hancock a affirmé qu’il serait « difficile » de la contenir jusqu’à ce que la vaccination soit largement déployée.

Premier pays dans le monde à avoir approuvé le vaccin Pfizer-BioNTech, le Royaume-Uni a été le premier pays occidental à commencer sa campagne de vaccination.

Mais l’acheminement des vaccins n’est en aucun cas affecté par les perturbations dans les transports, a assuré le ministre Gant Shapps.