(Moscou) Vladimir Poutine a dit espérer jeudi pouvoir régler avec son nouvel homologue américain les tensions minant les relations bilatérales, avant de s’en prendre à « l’agressivité » occidentale à l’égard d’une Russie « câline » en comparaison.

Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse

Il a aussi vu la main des services de renseignements américains dans les accusations, fantasques selon lui, prêtant aux services secrets russes l’empoisonnement de son détracteur numéro 1, Alexeï Navalny.

« Nous espérons que tous les problèmes qui se posent, ou peut-être pas tous, mais au moins une partie, seront résolus sous la nouvelle administration » américaine de Joe Biden, a indiqué le président russe, lors de sa traditionnelle conférence de presse de fin d’année, qui, pandémie oblige, s’est tenue essentiellement par vidéo.

M. Poutine est l’un des rares dirigeants à avoir attendu le vote du collège électoral américain mardi pour féliciter M. Biden, arguant du refus de Donald Trump de reconnaître sa défaite.

Le président élu des États-Unis a lui promis de se montrer ferme face à la Russie, accusée d’avoir soutenu le locataire sortant de la Maison-Blanche.

Câlin vs mordant

Au cours de plus de quatre heures de questions-réponses, le sujet des relations russo-occidentales et revenu à maintes reprises, et M. Poutine a usé d’un ton guère conciliant.

« Qui est “doux et câlin” et qui est agressif ? » a-t-il dit, reprenant les mots d’une question d’un journaliste de la BBC, « par rapport à vous, oui, nous sommes “doux et câlins”.

 « Nous ne sommes pas agressifs. Nous ne sommes peut-être pas doux, mais au moins avenants, enclins au dialogue et à trouver des solutions via le compromis », a poursuivi M. Poutine.

 « Nous avons deux-trois bases à l’étranger […] en face, je veux dire les États-Unis, il y a un réseau dans le monde entier », a-t-il ajouté, qualifiant les Américains d’« agressifs et mordants » .  

Quant au développement d’armes hypersoniques ces dernières années par la Russie, qui a entraîné une course aux armements, c’est une réponse au bouclier antimissile américain, qui menaçait la sécurité nationale russe, a-t-il affirmé.

M. Poutine a de nouveau nié toute ingérence dans la vie politique américaine, notamment lors des élections ayant conduit Donald Trump à la présidence en 2016, comme l’ont établi les services de renseignement américain.

La CIA, pas de poison et Navalny

Selon lui, c’est l’Occident qui se prépare « à s’ingérer » dans les législatives russes de l’automne 2021.

Quant à l’affaire de l’empoisonnement présumé de l’opposant Alexeï Navalny, dont il ne prononce jamais le nom, Vladimir Poutine a vu la main des services secrets occidentaux derrière les récentes conclusions d’une enquête menée notamment par les médias Bellingcat, Der Spiegel et CNN.

Cette enquête affirme, sur la base de données ayant fuité en ligne, que plusieurs agents du FSB spécialistes des armes chimiques, comme celle ayant empoisonné M. Navalny, le filaient depuis des années, notamment le jour de son intoxication.

 « Ce n’est pas une enquête, mais la légitimation de contenus (préparés) par les services spéciaux américains », a estimé le chef d’État russe.

Pour lui, si M. Navalny était surveillé par des agents russes, c’est qu’il a » le soutien des services spéciaux américains « . Et si la Russie avait voulu le tuer, il n’aurait pas survécu.  

« Si on l’avait voulu, l’affaire aurait été menée à son terme », a-t-il lâché.

Pour M. Navalny, ces propos correspondent à des aveux : « Poutine a tout admis, à sa manière […] il a compris qu’il ne pouvait pas nier », a-t-il réagi sur Twitter.

La Russie a, à maintes reprises, démenti que l’opposant ait été empoisonné à Tomsk et affirmé que la substance toxique de type Novitchok détectée par des laboratoires occidentaux après son hospitalisation en Allemagne n’était pas présente dans son organisme lorsqu’il était traité en Russie.

M. Poutine a de nouveau reproché jeudi aux Occidentaux de ne pas partager le résultat des analyses établissant la présence de ce poison dans l’organisme de l’opposant, dont les enquêtes sur la corruption de l’élite russe disposent d’un public très large en ligne, engrangeant des millions de vues.