(Berlin) Incapable d’endiguer la seconde vague de COVID-19, l’Allemagne s’apprête à imposer des mesures plus drastiques, allant jusqu’à la fermeture des commerces, de crainte que le virus ne devienne incontrôlable avec les fêtes de fin d’année.

David COURBET
Agence France-Presse

La chancelière Angela Merkel a rendez-vous dimanche avec les dirigeants des 16 länder en vue d’un nouveau serrage de vis devenu inéluctable alors que le nombre de nouvelles infections à la COVID-19 a battu des records ces derniers jours.

Le quotidien populaire Bild parle du « plus important sommet sur le nouveau coronavirus » depuis le début de la pandémie.

Après six semaines de fermeture totale des restaurants, bars, théâtres, cinémas, musées et équipements sportifs, l’Allemagne doit faire le constat que ces restrictions sont insuffisantes.

« La situation reste très grave […] elle a même empiré depuis la semaine dernière », a alerté jeudi Lothar Wieler, président de l’institut de veille sanitaire Robert Koch (RKI). Selon lui, l’épidémie continue de progresser, car la population n’a pas assez réduit ses contacts sociaux.

Le nombre des nouvelles infections quotidiennes a frôlé le seuil des 30 000 vendredi puis samedi, bien au-dessus de la moyenne journalière de la première vague, que l’Allemagne avait mieux maîtrisée que beaucoup de pays européens.

Le record du nombre de morts sur une journée a également été atteint jeudi avec 598 décès par rapport à la veille.

Le chef du RKI a également invoqué « la fatigue » de la population, après presque dix mois de contraintes inédites, pour expliquer les difficultés auxquelles le pays fait face.

« Il faut de toute urgence intensifier encore (les) efforts », s’est alarmé vendredi le président allemand Frank-Walter Steinmeier, autorité morale du pays.

Cette évolution ne semble pas entamer la crédibilité de Mme Merkel qui reste largement en tête des personnalités politiques préférées des Allemands. Et pour cause : la chancelière s’est déclarée tout au long de l’automne favorable à des mesures plus dures, mais sans avoir pu imposer ses vues aux chefs des régions, compétents en matière sanitaire.

Unifier la stratégie

Après des semaines à tenter d’impulser un cap cohérent et unifié face au virus, sur l’ensemble du territoire, elle devrait avoir gain de cause dimanche tant les appels d’élus et de médecins se sont multipliés ces derniers jours pour réclamer des mesures urgentes.

D’ailleurs 49 % des Allemands s’y disent favorables, malgré l’approche des fêtes de fin d’année, contre 13 % d’avis opposés, selon un sondage publié jeudi par la chaîne ZDF.

Selon plusieurs médias allemands, la chancelière proposera dimanche qu’à partir de mardi ou mercredi magasins non alimentaires, écoles et garderies ferment dans tout le pays jusqu’au 10 janvier au moins. Les contacts sociaux pourraient être limités à maximum cinq adultes de deux foyers différents, sauf du 24 au 26 décembre où la limite serait de 10 adultes.

Samedi, le ministre des Finances et vice-chancelier Olaf Scholz a averti que de nouvelles restrictions allaient toucher « très rapidement » le commerce de détail.  

Un avis partagé par le président de la Bavière, Markus Söder, dont la région fait partie de celles qui n’ont pas attendu la réunion de crise pour prendre de nouvelles mesures. Des couvre-feux y sont entrés en vigueur cette semaine dans les localités les plus touchées.

En Saxe, province la plus affectée actuellement, les fermetures de magasins et d’écoles ont déjà été décrétées et vont entrer en vigueur lundi. Des couvre-feux locaux seront là aussi en place entre 22 het 6 h. Dans le Bade-Wurtemberg, les sorties du domicile ne sont plus autorisées que pour des raisons impératives, à savoir se rendre au travail, faire ses courses ou pour un rendez-vous médical.

Les Allemands, certes encouragés à « rester chez eux », ont toujours été libres de leurs mouvements et n’ont jamais subi de confinement strict comme en France par exemple.  

Angela Merkel a cependant lancé mercredi un appel vibrant à limiter au minimum les contacts, y compris à Noël et au jour de l’An.

« Si nous avons trop de contacts maintenant, avant Noël, et qu’ensuite c’est le dernier Noël avec les grands-parents, alors nous aurons raté quelque chose », a-t-elle averti avec émotion devant la chambre des députés.