(Londres) Quatre ans et demi après le vote des Britanniques pour quitter l’union européenne et après huit mois de négociations commerciales laborieuses, Boris Johnson se trouve au pied du mur. Il lui reste 72 heures pour décider du sort du Brexit.

Jitendra JOSHI
Agence France-Presse

Le premier ministre britannique, qui avait fait des listes pesant avantages et inconvénients de l’adhésion à l’UE avant de s’engager à fond dans le camp du « Leave » (« sortir ») en 2016, doit décider s’il opte pour un divorce brutal ou à l’amiable.  

À l’issue d’un dîner à Bruxelles mercredi soir, Boris Johnson et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont constaté leurs différences mais ils se sont laissé jusqu’à dimanche pour tenter de les surmonter.

Même si dans le long feuilleton du Brexit les échéances ont été maintes fois repoussées, il est maintenant temps d’aboutir, a souligné jeudi le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, jugeant « improbable » une prolongation des pourparlers au delà du weekend.

L’échéance de dimanche coïncide avec le premier anniversaire de la victoire électorale écrasante de Boris Johnson sur la promesse de « réaliser le Brexit » et de « reprendre le contrôle » des lois, des frontières et de l’argent britannique, comme le souhaite si ardemment le camp pro-Brexit.  

Le ministre des Affaires étrangères a jugé que pour parvenir à un accord, l’Union européenne devait « bouger significativement » sur les questions de l’accès aux zones de pêche et des garanties exigées de Londres par l’UE en matière de concurrence en échange d’un accès sans droits de douanes ni quotas à son marché.  

Ce sont deux « principes », a rappelé M. Raab.  

De son côté l’UE aussi tient à ses principes et refuse de sacrifier l’intégrité de son énorme marché.  

« Trahison »

Le Royaume-Uni, qui a officiellement quitté l’UE le 31 janvier, abandonnera définitivement le marché unique et l’union douanière le 31 décembre.

Sans accord commercial à cette date, les échanges entre Londres et l’UE se feront selon les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane ou de quotas, au risque d’un nouveau choc pour des économies déjà fragilisées par le coronavirus.

L’Union européenne a publié jeudi des mesures d’urgence en matière de pêche et de transport routier et aérien, qui seront applicables au 1er janvier faute d’accord.

Boris Johnson répète avec optimisme que le Royaume-Uni « prospérera vigoureusement » avec ou sans accord.  Mais un « no deal » ne serait pourtant pas sans conséquences économiques, qui s’additionneraient à celles de la pandémie de coronavirus, qui a plongé le pays dans sa pire récession en 300 ans.  

Les perturbations de la chaîne d’approvisionnement provoquées par la pandémie et les craintes d’un « no deal » qui ont poussé de nombreuses entreprises à se constituer des stocks ont déjà provoqué le blocage de plusieurs ports britanniques.

Mais le pire est sans doute à venir en 2021 en cas d’échec des discussions.

Bien que ses membres soient divisés sur le Brexit, le Labour, principal parti d’opposition, semble enclin à soutenir un accord, même a minima, plutôt qu’un « no deal ».  

La décision de Boris Johnson est finalement une décision politique : quelles sont ses ambitions pour le pays ?

Son gouvernement a répété sa volonté de maintenir les normes actuelles en matière d’alimentation, d’environnement et d’emploi, promettant qu’il ne braderait pas ces standards, même en échange d’un ambitieux accord de libre-échange avec les États-Unis.  

Mais si tel est le cas, quel est vraiment l’intérêt du Brexit ?

« Les négociations sur le Brexit ont été désastreuses parce que le Royaume-Uni n’a jamais débattu sérieusement de ce qu’il voulait vraiment atteindre. Au lieu de cela, les ministres ont passé des années à prétendre qu’aucun compromis n’était nécessaire », a écrit l’historien Robert Saunders sur Twitter.  

« Si tout constitue une ligne rouge, seuls deux résultats sont possibles : aucun accord du tout, ou un accord a minima qui sera perçu comme une trahison par ceux-là mêmes à qui on a affirmé que les concessions étaient inutiles », a-t-il déclaré. « Le Brexit a été un exercice gigantesque d’orgueil. »