(Berlin) Angela Merkel a livré mercredi un plaidoyer ardent pour que de nouvelles restrictions soient imposées jusqu’à la mi-janvier dans l’ensemble de l’Allemagne, où les mesures actuelles se révèlent insuffisantes pour maîtriser la pandémie de COVID-19.

Agence France-Presse

« Le nombre de contacts » entre personnes « est trop élevé, la réduction du nombre de contacts est insuffisante », a lancé la chancelière devant la chambre des députés.

Angela Merkel s’est déclarée favorable à des mesures plus drastiques, dont la fermeture des magasins non essentiels et des écoles entre Noël et la mi-janvier, ainsi que la réduction « au minimum » des contacts d’ici les fêtes, avec la possibilité d’avancer le début des vacances scolaires.

Loin de sa sobriété habituelle, la dirigeante s’est montrée particulièrement affectée par l’évolution de la pandémie, sortant même de ses gonds pour appeler à plus de rigueur.

« Nous devons tout mettre en œuvre » pour éviter une « progression exponentielle » du nombre de cas, a martelé Mme Merkel qui craint les effets des retrouvailles entre familles et amis à la fin de l’année.

« Si nous avons trop de contacts maintenant, avant Noël, et qu’ensuite c’est le dernier Noël avec les grands-parents, alors nous aurons raté quelque chose », a-t-elle averti avec émotion.

L’Allemagne, bonne élève européenne lors de la première vague au printemps, éprouve les plus grandes difficultés à faire baisser le nombre d’infections, avec environ 20 000 nouveaux cas recensés chaque jour.

Le pays a enregistré un nombre record de décès mercredi avec 590 morts.

La hausse rapide du nombres de cas a été stoppée par les fermetures des secteurs de la gastronomie, de la culture et du sport début novembre mais les contaminations quotidiennes restent à un niveau élevé.

« Frapper fort »

Malgré les limitation de rassemblement à 5 personnes, les stands de vin chaud, tradition de fin d’année, se multiplient dans le pays et attirent des foules parfois nombreuses.

« Lorsque des kiosques de vin chaud, de gaufres sont installés, ce n’est pas compatible avec ce que nous avions convenu : n’autoriser que des plats et de la nourriture à emporter », a tancé Mme Merkel. « Je suis vraiment désolée […] mais si nous payons le prix en nombre de morts à hauteur de 590 personnes par jour, ce n’est, à mon avis, pas acceptable. »

Le gouvernement fédéral et les dirigeants de régions doivent se retrouver avant Noël pour négocier de nouvelles mesures face à la propagation de la pandémie.  

De précédentes réunions de crise avaient débouché sur des accords a minima, Angela Merkel ne cachant pas sa frustration de voir certains responsables réticents à durcir les restrictions.

Un consensus devrait cette fois être plus facile à trouver, de nombreux élus ayant défendu ces derniers jours un cap plus strict, également soutenu par la population, selon plusieurs sondages.

Comme plusieurs fois depuis le début de l’épidémie, la chancelière a exhorté les Allemands à faire confiance aux scientifiques : « ce dont je suis convaincue, c’est qu’on ne peut aller contre un certain nombre de faits comme la gravité, la vitesse de la lumière et autres », a déclaré la physicienne de formation.

Plusieurs régions particulièrement touchées, comme la Bavière et la Saxe, ont déjà pris les devants, renforçant les restrictions, jusqu’ici moins strictes en Allemagne que dans d’autres pays européens comme la France.

En Bavière, de nouvelles mesures, dont un couvre-feu, sont entrées en vigueur mercredi mais pour Margarete Becker, une trentenaire interrogée par l’AFP, cela « arrive trop tard »

« Vous ne pouvez pas toujours faire les choses par étapes », estime cette habitante de Munich, selon laquelle il aurait fallu « frapper fort toute de suite et s’y tenir ».