(Cité du Vatican) Le pape François se rendra en Irak début mars, son premier voyage à l’étranger depuis le début de la pandémie et une première historique pour un souverain pontife, qui comprendra notamment la ville de Mossoul.

Catherine MARCIANO Agence France-Presse

« Accueillant l’invitation de la République d’Irak et de l’Église catholique locale, le pape François effectuera un voyage apostolique dans ce pays du 5 au 8 mars 2021, visitant Bagdad, la plaine d’Ur liée à la mémoire d’Abraham, la ville d’Erbil, ainsi que Mossoul et Qaraqosh dans la plaine de Ninive », a annoncé le porte-parole du Vatican dans un communiqué.

Pour le président irakien Barham Salih « cette visite historique en Mésopotamie, terre des apôtres et des saints » sera « un message éloquent de soutien aux Irakiens de tous horizons », notamment  sur « l’aspiration à la paix, à la tolérance et à la lutte contre l’extrémisme ».

La plaine de Ninive avait été occupée par les djihadistes du groupe État islamique entre 2014 et 2017. La communauté chrétienne de cette région du nord de l’Irak n’y est jamais revenue en grand nombre, car les tensions entre groupes armés restent importantes et les infrastructures publiques sont encore largement détruites.

Aucune personnalité gouvernementale étrangère ne s’est rendue à Mossoul depuis plus de cinq ans.

Jusqu’en 2003, l’Irak, pays à majorité musulmane chiite, comptait un million et demi de chrétiens. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 300 000 à 400 000, selon l’ONG Hammourabi, qui milite pour la défense des droits de la minorité chrétienne en Irak.

Un message pour rester en Irak

« Notre présence en Irak, au Liban, en Syrie et ailleurs est menacée. Le pape vient pour pour nous dire "non, vous avez une vocation ici, vous devez persévérer et rester" », a commenté le Patriarche de Babylone des Chaldéens, Louis Raphaël Sako, sur Radio Vatican.  

Cet Irakien, ordonné prêtre à Mossoul et devenu cardinal en 2018, parle d’une « grande joie pour les chrétiens et les musulmans », car « nous avons besoin d’entendre ce message que nous sommes des frères et non pas des ennemis ». « La sécurité n’est pas trop mauvaise et il n’y aura aucun risque pour sa vie », a en outre assuré le cardinal Sako.

Pour Mgr Petros Mouché, archevêque syriaque catholique de Mossoul et Qaraqosh, interrogé par l’agence de presse catholique i. media, « ce voyage est un encouragement à rester ». « Je ne sais pas si la venue du pape fera revenir les chrétiens partis. C’est possible. Elle montre déjà à tout le monde que le pays est désormais plus stable, qu’il est capable d’accueillir le pape », a-t-il ajouté.

En recevant, les représentants des oeuvres d’aide aux Eglises orientales en juin 2019, le pape avait exprimé sa « volonté » de se rendre en Irak en 2020. Il avait ensuite reçu en janvier 2020 le président irakien.

Le pape polonais Jean-Paul II avait prévu de faire un voyage en Irak en décembre 1999, mais ce projet ne s’était pas concrétisé après des négociations avec l’ancien président Saddam Hussein.

Annonce surprise

« Le programme du voyage sera publié ultérieurement, en tenant compte de l’évolution de la crise sanitaire mondiale », a précisé le Vatican.  

L’annonce du voyage arrive comme une surprise de la part du pape qui aura 84 ans le 17 décembre et a récemment de nouveau banni les rassemblements de fidèles au Vatican pour lutter contre le coronavirus.

En 2019, le pape François avait fait un nombre record de sept déplacements à l’étranger, visitant onze pays sur quatre continents, en terminant par la Thaïlande et le Japon en novembre.  Son seul voyage officiellement annoncé pour 2020, à Malte, avait été annulé.

Sa visite en Irak permettra au pape de réaffirmer sa volonté de dialogue avec l’islam.  

François avait co-signé en février 2019 à Abou Dabi (Émirats arabes unis) un « document sur la fraternité humaine » avec le cheikh Ahmed al-Tayeb, le grand imam sunnite égyptien d’Al-Azhar.  

Devant un parterre de responsables de toutes les grandes religions, le pape argentin avait estimé en octobre que « les religions sont au service de la paix et non des spectateurs inertes du mal de la guerre et de la haine ».