(Paris) « Homme de progrès et de liberté », « réformateur » : les hommages affluaient jeudi au lendemain de la mort de l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981), fervent européen, qui modernisa la vie politique avant de voir son mandat fracassé par la crise économique.

Paul AUBRIAT
Agence France-Presse

Plus jeune président de la Ve République lors de son élection (48 ans) en 1974, « VGE » avait été hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois pour des problèmes cardiaques. Il est décédé mercredi à l’âge de 94 ans des suites de la COVID-19, dans sa maison familiale d’Authon, dans le centre de la France, a annoncé sa famille.

Ses obsèques auront lieu samedi à Authon, dans le centre de la France, où elles se dérouleront « dans la plus stricte intimité familiale », conformément à ses vœux, selon la famille.

Le président Emmanuel Macron a décrété un jour de deuil national mercredi 9 décembre, annonçant par ailleurs un « hommage solennel » le 2 février prochain au Parlement européen de Strasbourg.

Pendant son mandat, Giscard, incarnation du centre droit, avait eu une action modernisatrice, promulguant d’importantes réformes de société comme l’autorisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou l’abaissement du droit de vote à 18 ans. Il fut aussi le premier président non gaulliste de la Ve République, après l’emblématique général de Gaulle et son héritier politique Georges Pompidou.

Fervent européen, il avait travaillé avec son « ami » le chancelier Helmut Schmidt à faire tourner le moteur franco-allemand et, dans les années 2000, présidé la convention pour l’Europe en vue de l’établissement, avorté, d’une Constitution européenne. Son goût pour les affaires internationales l’a poussé à être le père des réunions du G7, le club des pays industrialisés.

« Avec Valéry Giscard d’Estaing, la France a perdu un homme d’État, l’Allemagne un ami et nous avons tous perdu un grand Européen », a regretté la chancelière allemande Angela Merkel.

Le premier ministre britannique Boris Johnson a salué « un grand modernisateur de la France, dont le travail a marqué les générations suivantes ».

Les dirigeants des institutions européennes ont salué « un grand Européen qui continuera de nous inspirer », selon les termes de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.  

Le président du Conseil européen Charles Michel a rappelé que l’ancien président a concrétisé le « rêve d’une Europe plus intégrée ». « Nous lui devons beaucoup », a renchéri le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

« Modernité »

Le président Macron a de son côté salué la mémoire d’un chef d’État dont « le septennat transforma la France » : « Les orientations qu’il avait données à la France guident encore nos pas. Serviteur de l’État, homme politique de progrès et de liberté, sa mort est un deuil pour la nation française ».  

Le chef de l’État s’adressera jeudi soir aux Français pour lui rendre hommage, alors que ses obsèques doivent avoir lieu « dans la plus stricte intimité », selon la famille.

De nombreuses personnalités ont également honoré « un homme de progrès », un « réformateur » et un « Européen convaincu » — qui fit « progresser de façon significative la construction européenne et le rayonnement international de la France », selon le premier ministre Jean Castex.

L’Assemblée et le Sénat, qui siégeaient au moment de la nouvelle, ont observé une minute de silence.

Deux anciens présidents lui ont également rendu hommage : Nicolas Sarkozy a salué « un homme qui a fait honneur à la France », tandis que François Hollande a regretté que la perte d’« un homme d’État qui a fait le choix de l’ouverture au monde ».

Né à Coblence (Allemagne) en 1926, Valéry Giscard d’Estaing, pur produit de l’élite française, diplômé de Polytechnique et de l’ENA, la haute école d’administration, avait occupé différents postes ministériels à partir de 1962.

A l’Élysée, il multiplie les réformes sociétales et impose un style nouveau, qui entend alléger la pompe présidentielle, au risque de nourrir les procès en démagogie lorsqu’il s’invite à dîner chez les Français ou joue de l’accordéon.

Rosan Cardonville, un éboueur interrogé par AFP Vidéo, évoque, lui, un « président très sympa, proche des gens », qui a « marqué » sa profession : « il a été le seul président à prendre le petit déjeuner avec nous ! ».  

À l’inverse, un retraité, Bernard Toulouze, se souvient d’un chef de l’État, certes « très brillant » mais aussi « très imbu de lui-même ».

La deuxième moitié de son septennat, plombée par la crise économique et sociale née des chocs pétroliers, et marquée par le soupçon des affaires, avait donné du souffle à ses contempteurs. Le 10 mai 1981, il est battu à la présidentielle par le socialiste François Mitterrand.

Il redevient malgré tout l’un des leaders de la droite en dirigeant à nouveau son parti, l’UDF. À partir de la deuxième moitié des années 90, Giscard et le giscardisme disparaissent peu à peu du paysage politique.