(Cité du Vatican) Le Saint-Siège a démenti mardi avoir passé sous silence les agissements sexuels de l’ex-cardinal américain Théodore McCarrick, défroqué tardivement pour des abus sur mineur, admettant toutefois dans un rapport des erreurs commises sur la foi d’informations inexactes et incomplètes.

Catherine MARCIANO Agence France-Presse

Dans les 450 pages du rapport, qui a nécessité deux ans de travail, le Saint-Siège estime notamment que trois évêques américains ont longtemps fourni des informations « inexactes et incomplètes » sur « l’inconduite » sexuelle de McCarrick avec des jeunes adultes.

Les conclusions décevront ceux qui espéraient de fracassantes révélations sur un scandale d’omerta de la plus haute hiérarchie de l’Église, y compris de trois papes successifs.  

À propos de la brillante carrière de McCarrick, le numéro deux du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, souligne qu’aucune procédure décisionnelle de l’Église « n’est exempte d’erreur » car elle est tributaire des « omissions » lourdes de conséquences de ses membres.

Les rumeurs sur ses invitations à des jeunes séminaristes et prêtres adultes à partager son lit, sorties dans les années 90, et la mise en garde d’un cardinal rapportant des allégations d’abus d’un prêtre, n’auront pas empêché l’influent prélat d’être nommé fin 2000 archevêque de Washington et d’être créé cardinal dans la foulée, sacre d’une longue carrière décidé par le pape polonais Jean Paul II.

Après une enquête à Rome évoquant le risque d’un scandale, le vieux pape avait fait volte-face et fait confiance à McCarrick. L’ambitieux archevêque avait en effet envoyé une lettre à son secrétaire particulier, Stanislaw Dziwisz, dans laquelle il assurait n’avoir « jamais eu de relations sexuelles avec aucune personne, homme ou femme, jeune ou vieux, clerc ou laïc ».

Pour Christopher Lamb, expert du journal britannique catholique The Tablet, « ce qui rend le document sans précédent, c’est sa volonté de confronter l’erreur faite par le pape et désormais saint, Jean Paul II ».

Le talent de McCarrick à lever des fonds pour l’Église auprès de riches donateurs américains, son habitude de faire des cadeaux, « n’ont jamais influencé les décisions significatives prises par le Saint-Siège à son égard », stipule le rapport.

Des accusations plus crédibles sur des abus sur des adultes surgissent ensuite en 2005. Le tout nouveau pape allemand Benoît XVI demande alors à l’archevêque de Washington de prendre sa retraite l’année suivante, à plus de 75 ans. En l’absence de victimes mineures, le Saint-Siège n’ouvre pas de procès.

Cardinal déchu

Le vieux cardinal McCarrick, déjà à la retraite, ne tombera de son piédestal qu’après une première plainte pour agressions sexuelles en 2017, déposée par un homme qui avait 16 ans au moment des faits à New York dans les années 70. Une enquête est alors lancée avec l’aval du pape François. Theodore McCarrick se verra retirer son titre de cardinal à l’été 2018, avant d’être défroqué début 2019, une sanction quasi-inédite.

À l’automne 2018, le pape François avait promis de livrer une enquête « approfondie » sur ce prélat influent qui fut évêque à New York, Metuchen et Newark (New Jersey).  

Ce rapport a été motivé par des allégations au vitriol du prélat italien ultra-conservateur Carlo Maria Vigano, qui avait appelé le pape François à la démission en août 2018 en l’accusant d’avoir longtemps protégé Theodore McCarrick, qui continuait de voyager librement au début de son pontificat

Les conclusions du rapport s’efforcent de dédouaner le pape argentin élu en 2013 : celui-ci a certes connaissance des allégations sur des « comportements immoraux avec des adultes », mais ne revient pas sur des décisions prises avant lui.  

Le rapport porte quoiqu’il en soit atteinte à l’image de l’Église, à travers les témoignages de nombreuses personnes qui ont eu des contacts physiques avec le prélat américain déchu, décrivant « des abus ou agressions sexuelles, des activités sexuelles non consenties, des contacts physiques intimes et le partage d’un lit sans contacts physiques ».  

« C’est un nouveau chapitre tragique dans la longue lutte de l’Église pour confronter les crimes sexuels du clergé », a réagi mardi le  président de la conférence épiscopale américaine, l’archevêque de Los Angeles Mgr José Gomez, en exprimant « ses profondes excuses » aux victimes.

Ces deux dernières années, le Saint-Siège a mis en place une batterie de mesures préventives nouvelles pour lutter contre les scandales sexuels dans l’Église, obligeant par exemple les prêtres à dénoncer leurs supérieurs.

Pour le réseau américain « Snap » de victimes d’abus sexuels par des prêtres, le rapport est « un pas dans la bonne direction », mais il faut aussi des actions concrètes comme l’expulsion de l’Église de tout prélat qui a n’a pas réagi aux agissements de McCarrick.