(Paris) Un ancien codétenu d’Amédy Coulibaly, convoqué comme témoin au procès des attentats de janvier 2015, a estimé mardi que l’équipe de Charlie Hebdo, décimée par les frères Kouachi, avait « cherché » ce qui lui est arrivé, provoquant la consternation dans la salle.

Agence France-Presse

Interrogé sur des propos tenus lors de son audition par les enquêteurs, où il avait estimé que les dessinateurs de Charlie Hebdo « l’avaient cherché », Taoufik K. a répondu devant la cour d’assises spéciale de Paris qu’il « confirmait » sa « position ».

Le 7 janvier 2015, les frères Saïd et Chérif Kouachi ont abattu dix personnes dans les locaux du journal satirique.  

« Ils savaient qu’ils étaient menacés, ils en ont rajouté une couche, ils ont tiré sur la branche », a affirmé le témoin, veste bleue, crâne rasé et fine barbe, en assurant néanmoins ne pas cautionner les attentats commis par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

Les dessinateurs de Charlie Hebdo, « je ne les portais pas dans mon cœur, ce qu’ils ont fait c’était grave. J’aurais préféré qu’ils soient condamnés par la justice », a poursuivi cet employé de restaurant, incarcéré à la prison de Villepinte entre 2011 et 2015.

Ces déclarations ont suscité la consternation dans la salle d’audience où étaient présents plusieurs rescapés de la tuerie de Charlie Hebdo.

Invité à préciser ses propos, Taoufik B. – qui a partagé en maison d’arrêt la cellule de l’un des accusés, Nezar Mickaël Pastor Alwatik – a semblé hésiter, avançant que l’attentat n’était pas « la faute » de Charlie Hebdo, mais « un petit peu » malgré tout.

« C’est une insulte envers toute une communauté. Ça m’a blessé moi aussi », a poursuivi l’ancien détenu qui s’était préalablement présenté comme musulman, mais opposé à l’islam radical.

« Quelle est l’insulte ? », s’est étonné l’avocat général Jean-Michel Bourlès. « L’insulte, c’est de caricaturer le prophète », a répondu le témoin.

« Vous savez que caricaturer le prophète c’est un droit en France ? », lui a aussitôt rétorqué l’avocat général, « c’est un droit, et si on n’accepte pas ça on n’a rien à faire dans le système de la République ».

Interrogé par la cour, Nezar Mickaël Pastor Alwatik, accusé d’avoir apporté un soutien logistique à Amédy Coulibaly, a désapprouvé les opinions de son ex-codétenu.

« Vous voulez que je vous dise quoi, que je suis d’accord avec lui pour vous faire plaisir ? Et bien non, je ne suis pas d’accord », a-t-il lâché. « Ses opinions et ses avis, ça n’engage que lui. Moi je n’ai jamais pensé comme ça », a insisté l’accusé.