(Madrid) Épicentre de l’épidémie en Espagne, Madrid attendait vendredi dans l’incertitude l’entrée en vigueur dans la soirée d’un bouclage partiel de la capitale destiné à freiner l’expansion de l’épidémie mais difficilement applicable.

Alvaro VILLALOBOS
Agence France-Presse

Les autorités régionales, vent debout contre ce décret imposé mercredi soir par le gouvernement central, ont déposé vendredi un recours devant la justice pour faire suspendre ces mesures, l’État outrepassant, selon elles, ses compétences.

Mais en attendant que le haut tribunal de l’Audience nationale ne tranche, le bouclage partiel sera effectif à partir de 22 h (16 h, HE) dans la capitale et neuf communes environnantes particulièrement touchées par le virus.

« Chaos »

Les plus de 4,5 millions de personnes concernées ne pourront sortir de leur commune que pour des raisons de première nécessité comme aller travailler, étudier ou chez le médecin par exemple.  

Mais elles pourront en revanche se déplacer librement à l’intérieur de leur ville et ne seront pas obligées de rester chez elles comme lors du confinement très strict décrété en mars. Les autorités ont toutefois appelé à éviter tout déplacement non nécessaire.

Ce type de restrictions affectaient déjà depuis plusieurs jours un million de personnes dans les zones de la région où le taux de contagion est le plus élevé.  

Ce bouclage partiel de Madrid intervient après un bras de fer de deux semaines entre la région, navire amiral du Parti Populaire (PP, droite), et le gouvernement central du socialiste Pedro Sanchez.  

« Merci pour le chaos, Pedro Sanchez », a tweeté la présidente régionale Isabel Diaz Ayuso tandis que le chef du gouvernement espagnol a lui, souligné depuis Bruxelles, « le moment d’extraordinaire gravité » dans lequel se trouve la région.

La région, qui rechignait à prendre des mesures de cette envergure malgré les appels du gouvernement, met en avant le coût économique très élevé d’un tel bouclage partiel, 8 milliards d’euros par mois selon le responsable régional responsable de la justice, Enrique Lopez.  

« Très difficile » de contrôler

La question qui se pose désormais est celle de l’efficacité réelle de ces mesures, insuffisantes selon nombre d’épidémiologistes, et de la capacité des autorités à contrôler les entrées et sorties de chaque ville dans une agglomération où l’on recense deux millions de déplacements chaque jour.

D’autant plus qu’il faudra attendre qu’un autre tribunal se prononce sur ce bouclage dans les prochains jours pour que la police puisse commencer à verbaliser.

Le maire de droite de Madrid, Jose Luis Martinez Almeida, a lui même reconnu qu’il allait être « très difficile » pour les forces de l’ordre de faire respecter ces restrictions en raison des exceptions « si nombreuses ».

Tel que le décret est rédigé, un habitant d’une ville de banlieue concernée par les restrictions pourrait ainsi venir en toute légalité en train pour aller travailler dans le centre de Madrid puis rester faire des courses ou prendre un verre dans n’importe quel quartier de la capitale où vivent 3,2 millions de personnes.

Par ailleurs, les habitants des quartiers de Madrid, qui étaient déjà soumis aux restrictions, ne seront eux plus cantonnés dans leurs quartiers et pourront se déplacer dans toute la capitale, a dénoncé la région qui juge que ses mesures étaient plus efficaces.

« Cela provoque beaucoup d’incertitude », a souligné Federico de Montalvo, expert en santé publique de l’Université de Comillas, interrogé par la télévision publique. « Comment peut-on exiger des citoyens qu’ils se comportent de manière responsable quand on ne leur transmet pas sécurité et certitude ? », a-t-il demandé.

Afin de pouvoir boucler partiellement Madrid, le gouvernement central a fait adopter mercredi par une majorité de régions un décret permettant de prendre des mesures drastiques dans les villes de plus de 100 000 habitants ayant détecté au moins 500 cas pour 100 000 habitants sur les deux dernières semaines et comptant plus de 35 % des lits en soins intensifs occupés par des patients COVID. Ce qui dans les faits n’est le cas qu’à Madrid et dans les communes voisines.