(Paris) Marine Le Pen travaille à lisser son image, alors que la présidente du RN, une nouvelle fois candidate à la présidentielle, continue d’inquiéter une majorité de Français et peine à revigorer son parti.

Anne RENAUT
Agence France-Presse

« Il n’y a rien de plus légitime que de vouloir améliorer son image quand on veut se présenter à la présidentielle », explique un membre de son entourage à l’AFP, après s’être confié sur le sujet à l’hebdomadaire l’Express.

« On a envie qu’elle soit davantage connue comme femme, comme mère de famille. Ce n’est pas seulement une femme tronc derrière un pupitre », ajoute cette source.

La présidente du Rassemblement national n’exclut pas par exemple de s’afficher dans Paris Match avec ses trois enfants, qu’elle a jusqu’à présent « farouchement protégés ». « Ce n’est pas d’actualité mais certains au RN le lui conseillent », rapporte son entourage, d’habitude peu disert sur la patronne.

L’image de la candidate déjà déclarée à la présidentielle n’est en effet pas très brillante, même si 34 % des Français estiment « probable » qu’ils votent pour elle au premier tour, selon un sondage Elabe, paru début septembre : 78 % des Français perçoivent la dirigeante d’extrême droite comme autoritaire (stable depuis un an), arrogante (66 %, +1) et inquiétante (58 %, -1).

Et seuls 35 % considèrent qu’elle a la stature d’une présidente de la République, selon l’Ifop.  

« Humanisation »

« Elle est en pleine stratégie d’humanisation : le mari, les enfants, le chien », résume Christian Delporte, spécialiste de communication politique. « Et la recherche d’humanisation est liée à la dédiabolisation. Une mère ça rassure, ça protège », explique-t-il.

Le 19 septembre, elle raconte sur BFMTV ne plus aller en boîte de nuit parce qu’« il y a un temps pour tout », « un temps pour faire la fête » et « un temps pour faire des enfants et les élever », et parle de ses six chats.

Ce n’est pas la première fois que Marine Le Pen tente d’adoucir son image. Un an avant la présidentielle de 2017, elle tient un blogue personnel et publie des photos avec ses chats. À l’automne 2016, comme d’autres candidats, elle s’épanche sur sa vie privée sur M6.

Marine Le Pen fera également moins d’apparitions dans les médias, privilégiant les formats où elle peut s’exprimer « de façon plus longue et détaillée », après avoir été l’objet d’un procès en incompétence après son débat raté face à Emmanuel Macron entre les deux tours de 2017.

Beaucoup de militants ont gardé un souvenir cuisant de ce débat, qui a généré des départs du RN.

« Niaque »

Sur la compétence, « ce sera plus difficile », estime M. Delporte, « parce que Marine Le Pen n’a jamais exercé le pouvoir ».

Malgré ses efforts pour « refonder » le parti et le changement de son nom, désormais moins corrosif, Marine Le Pen n’a pas réussi à implanter le RN aux élections municipales – où il a perdu près de la moitié de ses conseillers – et fait toujours l’objet de critiques dans son orbite.

Marine Le Pen « ne peut pas gagner seule » et doit faire « un effort d’ouverture » vers les déçus de LR, a tancé Marion Maréchal, en désaccord avec la stratégie « ni droite ni gauche » de sa tante.

L’ancienne députée critique aussi la « difficulté » au RN « à accepter la cohabitation » de sensibilités différentes, après la mise à l’écart de plusieurs proches.

Pour le maire de Béziers Robert Ménard, élu avec le soutien du RN, la cheffe du RN n’est « pas en position de gagner » parce qu’elle tient des « analyses très gauchisantes » sur le plan économique et social.

« Elle est pas en forme, Le Pen. La ligne politique qui l’a emportée aux municipales c’est celle de Louis Aliot, ce n’est pas la sienne », cingle un proche de l’ancien ministre sarkozyste Xavier Bertrand, son ancien adversaire dans les Hauts-de-France. À Perpignan, l’ancien compagnon de Marine Le Pen a fait campagne sans l’étiquette du RN et accueilli sur sa liste des candidats extérieurs au parti, y compris de la droite.

La patronne du RN « a perdu de sa niaque. Après avoir été dominante en 2012-2017, elle est en train de s’effriter », renchérit un député LR, alors que d’aucuns au sein du RN parient sur des régionales moins fructueuses qu’en 2015.