Le chef de l’État français mène sa politique étrangère avec un dynamisme inédit, alors que l’élection présidentielle de 2022 approche à grands pas

Jean-Christophe Laurence
Jean-Christophe Laurence La Presse

(Paris) Pas de vacances pour Emmanuel Macron.

Tandis que la France gère tant bien que mal son premier été covidien, le président de la République s’agite sur la scène internationale.

La semaine dernière, Macron a été le premier chef d’État étranger à se rendre au Liban, après la double explosion qui a fait 171 morts et plus de 6000 blessés à Beyrouth.

Samedi, alors qu’un pétrolier s’échouait au large de l’île Maurice, il a annoncé que la France apporterait une aide humaine et matérielle à ce petit État de l’océan Indien, menacé par le désastre écologique d’une marée noire.

Mardi, enfin, il a évoqué de possibles « conséquences militaires » au Niger, où six travailleurs français viennent d’être tués dans une attaque terroriste.

Ces interventions n’ont rien d’inhabituel.

En France, la politique étrangère a toujours été la chasse gardée du chef de l’État, à plus forte raison dans des pays où l’Hexagone se sent une responsabilité particulière, pour des raisons culturelles ou historiques. Maurice et le Niger sont d’anciennes colonies. Le Liban, pays chrétien et francophone, a un temps été administré par la France.

« C’est une tendance naturelle chez les présidents de la République, souligne Bruno Jeanbart, de la maison de sondage Opinionway. Parce qu’ils restent dans l’idée que la France est un pays à part, qui a un rôle mondial à jouer et dont la voix doit s’exprimer. »

Ses prédécesseurs aussi

En ce sens, Macron n’est pas si différent de ses prédécesseurs immédiats, Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui se sont successivement impliqués en Géorgie, en Syrie et en Afrique francophone contre le djihadisme.

Bruno Jeanbart concède toutefois que le jeune chef de l’État français est actuellement « dans une phase très internationale », voire dans « une sorte d’emportement », sur le plan de la politique étrangère.

Cette impression a été accentuée lors des récentes négociations sur le plan de relance économique post-COVID-19 de l’Union européenne. Pour la première fois, la dette sera partagée par les 27 États membres, qui emprunteront en bloc aux bailleurs de fonds internationaux, un pas de plus vers une politique budgétaire commune. Macron a exercé un leadership capital dans ce dossier, vu par plusieurs comme un tournant dans l’histoire de l’UE.

Le jeune président serait-il en train de se poser en « sauveur du monde », comme le soulignait ironiquement un chroniqueur politique français cette semaine ?

Le portrait est peut-être exagéré. Mais il est vrai que Macron mène sa politique étrangère avec un dynamisme inédit.

« Il veut incarner celui qui fait bouger les lignes, qui rend les choses possibles, quitte à parfois s’adresser aux peuples au-dessus de la tête de leurs dirigeants, résume Bruno Cautrès, chercheur au CEVIPOF et enseignant à Sciences Po-Paris. Il y a cette volonté de toujours se montrer aux autres comme ce jeune type enthousiaste, qui porte un message, avec des idées visionnaires dans lesquelles il croit. On reconnaît là des points positifs et des travers de la culture française ! »

Le politologue ne doute pas un instant de la sincérité d’Emmanuel Macron. « Il est évident qu’il a des convictions », dit-il, en évoquant notamment son obsession pour le renouveau du multilatéralisme.

Il admet en revanche que le calcul politique n’est jamais bien loin. En s’agitant à l’étranger, Macron cultive l’« aura » historique de la France, ce qui est aussi bon pour son image dans l’Hexagone. « La politique internationale est très importante pour imprimer sa marque de fabrique sur le plan de l’opinion en France », dit-il.

L’échéance de la présidentielle

Cette tendance devrait s’accentuer dans les prochains mois, alors que l’élection présidentielle de 2022 approche à grands pas.

Les présidents de la République ont coutume de consacrer plus d’efforts aux questions internationales à la fin de leur premier mandat, question d’annoncer leurs couleurs pour la suite des choses. « On l’a vu avec François Mitterand en 1988 et Jacques Chirac en 2002 », souligne Bruno Jeanbart.

Ce sera sans doute aussi le cas pour Macron, qui voudra donner un nouveau souffle à une présidence clivante, marquée par des grèves à répétition et la crise des gilets jaunes.

Plus l’élection approchera, plus [Macron] fera campagne sur sa capacité d’incarner les intérêts de la France de longue durée sur la scène internationale, plutôt que d’expliquer qu’il veut faire des réformes sur le plan national.

Bruno Cautrès, chercheur

Ses succès en politique étrangère pourraient aussi l’aider à sauver les meubles, quand viendra l’heure des comptes. Car son bilan économique, plombé par la crise sanitaire, s’annonce pour l’instant moins reluisant que prévu.

« Tout ce qu’il avait réussi à engranger va disparaître », résume Bruno Jeanbart.

Selon des chiffres diffusés fin juillet, la France a connu le printemps dernier la pire chute de son économie depuis au moins 1949, avec un plongeon de 13,8 % de son produit intérieur brut au deuxième trimestre.

Reste à voir comment Macron et son nouveau premier ministre, Jean Castex, géreront la suite de la pandémie. De ce côté, les dernières nouvelles ne sont pas très bonnes. La France a enregistré vendredi sa plus forte hausse du nombre d’infections depuis le mois de mai, avec près de 2300 nouveaux cas, au point que le Royaume-Uni vient de remettre l’Hexagone sur sa liste noire des « pays quarantaine ».

Le premier ministre Castex a reconnu mardi que la situation sanitaire en France allait « dans le mauvais sens ». À suivre.