(Paris) En pleine période de vacances et d’insouciance estivales, la France fait face à une augmentation des cas de COVID-19 et n’est pas à l’abri d’une reprise incontrôlée de l’épidémie, a averti le Conseil scientifique qui guide le gouvernement.

Paul RICARD
Agence France-Presse

Le message est clair : « Le virus circule de façon plus active, avec une perte accentuée des mesures de distanciation et des mesures barrières ».

« L’équilibre est fragile et nous pouvons basculer à tout moment dans un scénario moins contrôlé comme en Espagne par exemple », a poursuivi mardi le Conseil, chargé de guider les pouvoirs publics dans la gestion de la crise.

Si le nombre des morts reste bien en deçà de ce qu’on enregistrait au cœur de l’épidémie au printemps, d’autres chiffres poussent les autorités à tirer la sonnette d’alarme.

L’augmentation du nombre des cas d’abord : sur la semaine du 20 au 26 juillet il a bondi de 54 % (5592 au total) et on compte désormais plus de 1000 nouveaux cas par jour.

Le nombre des patients atteints de la COVID-19 admis en réanimation est quant à lui reparti à la hausse, rompant avec la baisse continue observée depuis début avril.  

Selon la Direction générale de la santé, 388 malades sont dans un état grave, contre plus de 7000 au pic de l’épidémie.

Le nouveau coronavirus a déjà fait 30 296 morts en France.

Un retour de l’épidémie est-il inévitable ? Pas sûr, a répondu le Conseil scientifique qui exhorte les Français à respecter les mesures barrières.

« La France se trouve dans une situation contrôlée mais fragile », estime l’institution.

Un message relayé mardi par le président Emmanuel Macron en déplacement à Toulon, dans le sud-est.

Masque en extérieur

PHOTO CHRISTOPHE SIMON, AFP

Le président français Emmanuel Macron en visite à Toulon, au sud de la France

« Nous sommes encore en période de COVID-19 et donc il importe de continuer à respecter les gestes barrières, de porter le masque, de se laver régulièrement les mains au gel hydro-alcoolique, de faire attention », a-t-il dit.

La veille, son premier ministre Jean Castex avait relayé la même doctrine : « ne pas baisser la garde », pour éviter « un reconfinement généralisé », qui serait dévastateur pour l’économie, après deux mois quasiment à l’arrêt au printemps.

Face au risque de dégradation de la situation, les autorités mettent aussi l’accent sur le port du masque.

Obligatoire dans les lieux clos depuis le 20 juillet, il est désormais imposé en extérieur dans un nombre croissant de villes.

A Nice (sud-est), Lille (nord), bientôt à Toulouse (sud-ouest) ou encore dans les villes touristiques de Biarritz et de Saint-Malo sur la côte ouest, il est impératif d’avoir un masque dans les quartiers les plus fréquentés.

A Paris, son port sera prochainement obligatoire dans certaines zones extérieures très fréquentées, ont annoncé mardi les autorités locales.

« Protéger les autres »

« Je porte le masque pour ne pas me prendre une amende. Ce n’est pas plus mal, ça ne me dérange pas. C’est aussi pour protéger les autres parce que je suis peut-être porteur sain », explique Mathilde, 19 ans, malgré le soleil de plomb à Toulouse, où les récalcitrants risqueront dès mercredi une amende de 135 euros.

A Nice, des hauts-parleurs ont même été déployés pour faire des annonces afin d’interdire les attroupements et de rappeler cette nouvelle obligation.

Pour le conseil scientifique, il est « hautement probable qu’une seconde vague épidémique soit observée à l’automne ou l’hiver ».

Certains scientifiques appellent néanmoins à relativiser les chiffres actuels.

« La situation en France ne justifie aucunement de dire qu’il y a une aggravation », a récemment déclaré à l’AFP Yonathan Freund, professeur de médecine d’urgence à la Pitié-Salpêtrière à Paris.

« S’il y a 1000 cas par jour, c’est parce que le virus circule, et c’est normal. L’épidémie est maîtrisée, si jamais on se fait dépasser, on le saura très en avance », a poursuivi ce médecin, qui s’élève contre un excès d’« alarmisme », même si sa position est minoritaire.

En Mayenne, dans l’ouest, où un accroissement anormal de la circulation de la COVID-19 avait été constaté début juillet, les chiffres sont « à la baisse » et les actions menées pour imposer le masque, dépister et isoler vont « dans le bon sens », a souligné vendredi l’Agence régionale de santé.

Malgré l’inquiétude, le ministère de la Culture a fait savoir mardi que les rassemblements culturels de plus de 5000 personnes pourront être autorisés à compter du 15 août par les préfets en respectant « certaines conditions » sanitaires et qu’à compter du 1er septembre 2020, les spectacles, festivals, concerts, ainsi que les foires et salons, pourront avoir lieu, sans jauge, ni autorisation préfectorale.