(Copenhague) Les masques et les contrôles des voyageurs pour lutter contre la COVID-19 se généralisent en Europe, où l’OMS se dit vendredi « inquiète » de la résurgence de l’épidémie dans quelques pays de la région, même si le continent américain reste de loin le plus touché.

Marc PRÉEL à Stockholm et Claire DOYEN à Paris, avec les bureaux de l'AFP dans le monde
Agence France-Presse

La Belgique a battu vendredi un triste record : une fillette de trois ans est morte des suites de la COVID-19 il y a quelques jours, ont annoncé les autorités sanitaires, faisant d’elle la plus jeune victime du virus dans ce pays qui connaît une hausse des contaminations, avec 64 847 cas.

En Angleterre, l’obligation de porter le masque dans les magasins et les supermarchés est entrée en vigueur. Même chose dans les supermarchés de Vienne, ainsi que dans les postes, les banques et les centres médicaux.  

Andreas Poschenreither, qui fait ses courses dans un supermarché, estime que le port du masque aurait dû rester obligatoire après la levée du confinement dans le pays. « C’était une erreur », dit-il.

Vendredi, la branche européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé les pays européens à rester réactifs et lever les restrictions « avec attention » voire à les réintroduire si besoin.

« La récente résurgence de cas de COVID-19 dans certains pays après l’assouplissement des mesures de distanciation est certainement une cause d’inquiétude », a déclaré une porte-parole.

L’Europe totalisait vendredi 207 118 décès pour plus de 3 millions de cas, selon un comptage dressé par l’AFP.

Plusieurs pays de la région ont renforcé les contrôles des voyageurs.  

L’Allemagne propose des tests gratuits aux voyageurs de retour dans le pays, et la France, où la circulation virale est en « nette augmentation » selon les autorités sanitaires, a rendu obligatoires les tests pour les voyageurs arrivant de 16 pays, dont les États-Unis et l’Algérie.  

Le premier ministre Jean Castex a également recommandé aux Français d’« éviter » de se rendre en Catalogne, dans le nord-est de l’Espagne, où le gouvernement a ordonné vendredi la fermeture des discothèques et bars de nuit face à l’augmentation des infections.

La Norvège a, elle, de nouveau imposé des restrictions sur les voyages avec l’Espagne, où l’épidémie repart à la hausse.

Dans des tentes

Au total, 633 711 personnes sont mortes de la COVID-19 dans le monde. Et c’est sur le continent américain que la situation reste la plus préoccupante.

Aux États-Unis, le cap des 4 millions de cas officiels est désormais dépassé, 1225 nouveaux décès ont été enregistrés vendredi.  

Après plusieurs grands groupes accueillant du public comme Walmart, c’est au tour de McDonald’s d’obliger tous ses clients aux États-Unis à porter un masque à partir du 1er août.  

Longtemps accusé de déni face à la pandémie, le président américain Donald Trump a renoncé à la convention républicaine, prévue fin août en Floride, qui devait l’introniser comme candidat du parti républicain à la présidentielle de novembre.

En Amérique latine et aux Caraïbes, le seuil des quatre millions de cas a également été franchi. Le Brésil à lui seul compte désormais plus de 2,2 millions de cas.  

Sao Paulo a décidé de reporter sine die son carnaval, et Rio de Janeiro réfléchit à cette option.  

Cela n’a pas empêché le président brésilien Jair Bolsonaro, contaminé par le coronavirus, de se promener jeudi à moto et de discuter, sans masque, avec des balayeurs près de sa résidence à Brasilia.

La situation est particulièrement dramatique au Pérou, où le système sanitaire de la deuxième ville du pays, Arequipa, est totalement saturé. Certaines personnes infectées ont été vues dormantes dans des tentes au pied des hôpitaux, d’autres dans leurs voitures, dans l’espoir d’obtenir un lit et d’être soignées.

Au Nicaragua, les masques seront aussi pour les reines de beauté : la compétition pour la couronne de Miss Nicaragua 2020 aura bien lieu, à huis clos, les autorités refusant d’ordonner des mesures de confinement.  

La peur rôde

Selon la Croix-Rouge, le bilan économique dévastateur de la pandémie risque par ailleurs de déclencher de nouvelles vagues de migrations une fois les frontières rouvertes.

« Nous observons de plus en plus, dans de nombreux pays, les effets secondaires de la pandémie sur les moyens de subsistance et la situation alimentaire », a déclaré Jagan Chapagain, secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

Ailleurs dans le monde, les chiffres continuent aussi à progresser.  

En Inde, 740 nouveaux décès attribués à la COVID-19 ont été recensés en 24 heures, selon un bilan officiel vendredi. Avec 30 000 décès, le pays devient le sixième comptant le plus de morts, derrière les États-Unis, le Brésil, la Grande-Bretagne, le Mexique et l’Italie.

Plusieurs pays ont eux choisi d’imposer à nouveau des mesures de confinement partiel.  

Les quelque 10 millions d’habitants de Tokyo ont ainsi été invités à rester chez eux depuis jeudi, premier jour d’un long week-end férié au Japon.

Et en Afrique du Sud, les écoles publiques ont refermé leurs portes pour un mois, dans ce pays qui a connu une hausse de près de 60 % du nombre total de décès naturels au cours des dernières semaines.  

À la maison de retraite « Casa Serena » à Johannesburg, capitale économique, 14 des 64 pensionnaires sont décédés après avoir contracté la COVID-19 et la peur rôde aujourd’hui parmi les vivants.  

« On s’attendait à ce que des gens meurent comme chaque année pendant l’hiver (austral), mais là c’est une concentration de mort », soupire Mario Serra, qui dirige l’établissement.