(Varsovie) Le président polonais sortant, le conservateur et populiste Andrzej Duda, a été réélu de justesse pour un nouveau mandat de cinq ans, mais l’excellent résultat de son rival, le maire libéral pro-européen de Varsovie Rafal Trzaskowski, met le parti au pouvoir sur la défensive.

Stanislaw WASZAK
Agence France-Presse

La réélection de M. Duda ne saurait être considérée comme un grand succès en raison de son étroitesse, soulignaient lundi les analystes : il a obtenu 51,03 % des voix, contre 48,97 % pour M. Trzaskowski, selon les résultats officiels définitifs de la Commission électorale.

M. Duda a reçu les félicitations sur Twitter de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, impatiente de « travailler avec lui sur les nombreux défis auxquels l’Europe et la Pologne doivent faire face ensemble ».

Le président américain Donald Trump a également félicité M. Duda pour sa « réélection historique ». « Hâte de poursuivre notre important travail ensemble dans de nombreux domaines, notamment la défense, le commerce, l’énergie et la sécurité des télécommunications ! », a-t-il tweeté.

Cette victoire électorale « est un petit succès », estime le politologue Kazimierz Kik, de l’Université de Kielce. « Le président Duda a certes remporté le scrutin, mais le vrai succès appartient à Rafal Trzaskowski et à l’opposition, qui regagnent du terrain », a-t-il déclaré à l’AFP.  

PHOTO CZAREK SOKOLOWSKI, ASSOCIATED PRESS

Rafal Trzaskowski

« La Pologne sort de cette élection fracturée. Il sera difficile de renouer des liens entre les Polonais », a-t-il ajouté.

Après une campagne très polarisante menée par Andrzej Duda, très fortement soutenu par le gouvernement et les médias publics, le président a joué lundi la carte de réconciliation.

« Je vous prie d’observer le respect mutuel », a-t-il dit à ses électeurs à Odrzywol, à 85 km au sud de Varsovie.

M. Duda a gagné avec les voix de la Pologne traditionnelle et catholique, celle de la campagne et des petits villages, alors que M. Trzaskowski a reçu les voix des Polonais pro-européens et libéraux des grandes agglomérations et des villes moyennes.  

« Le PiS (le parti Droit et Justice au pouvoir) est à son maximum. On voit bien qu’il faiblit d’une élection à l’autre », a ajouté M. Kik.  

D’après lui, ce parti doit réaliser « maintenant ou jamais » son programme consistant à « garder une Pologne conservatrice et traditionnelle ».

« La stagnation »

Le PiS devra toutefois faire face à une forte opposition, ainsi qu’à une crise économique que la Pologne ne devrait pas tarder à ressentir suite à l’épidémie de coronavirus, dont elle n’est toujours pas sortie, soulignent aussi les analystes.  

« Nous entrons dans une période difficile », estime l’économiste Witold Orlowski. « Techniquement, le PiS reste au pouvoir, mais le soutien à sa politique ne va faire que baisser. […] Dans un contexte de crise économique, il lui sera difficile de réaliser sa politique d’aides sociales généreuses qui l’a porté au pouvoir », a-t-il précisé.

« C’est la stagnation qui attend la Pologne. Les Polonais n’ont pas opté pour le changement proposé par Rafal Trzaskowski », a déclaré à l’AFP le politologue Stanislaw Mocek, président de Collegium Civitas. « On ne peut certainement pas s’attendre à ce que les relations avec Bruxelles s’améliorent », a-t-il estimé.

« Davantage d’indépendance »

Le président sortant a misé sur ses bonnes relations avec les États-Unis de Donald Trump.

Une éventuelle défaite électorale du président Trump en novembre signifierait l’échec de la politique étrangère du PiS, selon Kazimierz Kik.

Pour sa part, l’opposition libérale a dorénavant le vent en poupe. « Le très bon résultat de Rafal Trzaskowski lui donne la possibilité de devenir une figure clef de l’opposition libérale », a déclaré à la télévision TVN24 le politologue Andrzej Rychard.  

En félicitant M. Duda pour son score, le maire de Varsovie lui a souhaité de faire preuve désormais de « davantage d’indépendance face à son parti » et son chef incontestable Jaroslaw Kaczynski.