(Paris) La police française a tiré du gaz lacrymogène après avoir reçu quelques projectiles au cours d’un rassemblement samedi après-midi à Paris contre le racisme et les violences policières, dans le cadre d’une mobilisation dans toutes les grandes villes de France.

Agence France-Presse

Les policiers, qui bloquaient la plupart des rues donnant sur la place de la République, où plusieurs milliers de personnes s’étaient regroupées, ont chargé, faisant refluer une partie de la foule, a constaté une journaliste de l’AFP.

PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AGENCE FRANCE-PRESSE

Une foule dense était rassemblée à la place de la République, à Paris.

Les manifestants avaient prévu de marcher jusqu’à la place de l’Opéra, mais le défilé, non autorisé par la préfecture, n’a pas eu lieu, la police les ayant empêchés de quitter la place de la République.

Sur Twitter, la préfecture de police a appelé « les manifestants à rester calmes » et leur a demandé de « se disperser en raison des troubles à l’ordre public causés par certaines personnes ».

Le rassemblement s’est déroulé à l’initiative du comité Adama Traoré, du nom d’un jeune homme noir mort en juillet 2016 après avoir été appréhendé par des gendarmes en région parisienne.  

PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AGENCE FRANCE-PRESSE

Sa sœur Assa Traoré, une figure de proue du comité, avait appelé à marcher pour « dénoncer le déni de justice, pour dénoncer la violence sociale, raciale, policière », réclamant à nouveau l’inculpation des membres des forces de l’ordre impliqués dans l’interpellation de son frère.

« La mort de George Floyd — cet Afro-américain tué le 25 mai à Minneapolis par un policier blanca fait directement écho à la mort de mon frère. C’est la même chose en France, nos frères meurent […] », a-t-elle dit, promettant de « continuer le combat » pour la justice.

PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans la foule, de nombreux jeunes portaient des T-shirts noirs floqués de la demande portée depuis quatre ans par la famille Traoré : « Justice pour Adama ». Sur des pancartes, on lisait : « Au pays des droits de l’Homme, la police tue, on veut les vidéos » ou « tant que nous n’aurons pas la justice, vous n’aurez pas la paix ».

Le 2 juin, le comité Adama avait réussi à mobiliser 20 000 personnes dans la capitale française, s’imposant comme le fer de lance de la lutte contre les violences policières. Son discours s’est élargi, de la dénonciation de violences policières à celle d’un « racisme systémique », trouvant une forte résonance après la mort de George Floyd, qui a suscité une vague d’indignation planétaire.

Dans un communiqué diffusé samedi, Amnistie internationale a appelé à « une réforme systémique des pratiques policières » en France. « La gravité de la situation nécessite une réponse globale des autorités », a écrit cette ONG, saluant « l’abandon de la technique [d’interpellation] de l’étranglement », annoncé lundi par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

Des défilés étaient également prévus dans toutes les autres grandes villes de France, sur fond de colère dans les forces de l’ordre et à la veille d’une allocution du président Emmanuel Macron.

Des manifestations devaient notamment avoir lieu à Marseille, Lyon, Montpellier, Nantes, Saint-Nazaire, Bordeaux, ainsi qu’à Strasbourg dimanche.

Le racisme est « une maladie qui touche toute la société », avait déclaré mercredi en conseil des ministres Emmanuel Macron.