(Francfort) Des inquiétudes se font jour dimanche en Allemagne après des informations de presse sur une réduction ordonnée par Donald Trump des effectifs militaires américains déployés dans ce pays, principal ancrage des forces américaines de l’OTAN.

Michelle FITZPATRICK
Agence France-Presse

Dimanche, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a insisté sur le fait qu’une coopération étroite était dans l’intérêt des deux pays. D’autres responsables politiques à Berlin ont été plus directs, évoquant un coup dur pour les relations germano-américaines et un risque potentiel pour la sécurité.

Le quotidien américain The Wall Street Journal a rapporté vendredi, citant des sources gouvernementales anonymes à Washington, que le président Trump avait ordonné au Pentagone de réduire à 25 000 les militaires américains stationnés en Allemagne, soit une diminution de 9500 hommes.

Actuellement, quelque 34 500 soldats vivent avec leurs familles sur une des 21 bases militaires américaines en Allemagne. Les effectifs peuvent atteindre 52 000 personnes au moment des rotations des équipes ou à l’occasion de manœuvres.

Une telle décision, qui semble avoir pris Berlin de court, équivaudrait à réduire significativement l’engagement américain dans la défense européenne dans le cadre de l’OTAN.

« Si cela devait déboucher sur un retrait d’une partie des soldats américains, nous en prenons note », a déclaré M. Maas au journal Bild am Sonntag. « Nous apprécions la coopération avec les forces armées américaines [qui] est dans l’intérêt de nos deux pays ».

« C’est compliqué »

M. Maas a néanmoins reconnu que les liens s’étaient distendus sous la présidence Trump. « Nous sommes de proches partenaires au sein de l’alliance transatlantique. Mais c’est compliqué », a-t-il dit à Bild, allusion à des sujets de frictions comme l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, le soutien de Berlin au gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne ou les contributions à l’OTAN.

La Maison-Blanche et le Pentagone se sont refusés à confirmer ou démentir les informations du Wall Street Journal et d’autres médias, qui surviennent dans un contexte de tensions entre le gouvernement américain et ses alliés européens en sein de l’OTAN.

Cette réduction d’effectifs était l’un des projets de l’ex-ambassadeur des États-Unis à Berlin, Richard Grenell, un fidèle de Donald Trump qui vient de démissionner de ses fonctions.

« La relation entre l’Allemagne et les États-Unis pourrait être gravement affectée par une telle décision du président américain », a averti le coordinateur du gouvernement allemand pour les relations transatlantiques, Peter Beyer, cité par l’agence dpa.

Pour le député Johann Wadephul, un responsable du parti conservateur CDU de la chancelière Angela Merkel, le projet montre que l’administration Trump « néglige un devoir élémentaire du leadership : impliquer les partenaires de l’alliance dans le processus de prise des décisions ».

Il constitue également « une piqûre de rappel » pour inciter les Européens à prendre davantage de responsabilités pour leur propre défense, a-t-il ajouté samedi dans un communiqué, estimant que seules la Chine et la Russie pouvaient trouver avantage à la « discorde » entre alliés de l’OTAN.

Rolf Muetzenich, chef du groupe parlementaire des sociaux-démocrates du SPD (centre gauche, membre de la coalition au pouvoir), a dit aux journaux du groupe Funke qu’une réduction des forces américaines pourrait conduire à « un réalignement durable de la politique de sécurité en Europe ».

« Une erreur colossale »

Une réduction de la présence américaine serait « une erreur colossale » et « un cadeau » au président russe Vladimir Poutine, juge Ben Hodges, ex-ancien commandant des forces américaines en Europe, parti en 2017.

« Les soldats américains ne sont pas en Europe pour protéger les Allemands », a-t-il tweeté, « ils sont sur une base avancée, en tant que partie de l’OTAN, pour protéger tous les membres, y compris les États-Unis ».  

Même si leur nombre a diminué depuis la Guerre froide, l’Allemagne accueille plus de soldats américains que n’importe quel autre pays européen, un héritage de l’occupation alliée après la Seconde Guerre mondiale.

L’armée américaine a ses quartiers généraux pour l’Europe et l’Afrique à Stuttgart. La base aérienne américaine de Ramstein joue un rôle majeur pour le transport d’hommes et d’équipements en Irak et en Afghanistan. L’hôpital militaire américain de Landsthul, près de Ramstein, est le plus important hors des États-Unis.

Le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a déclaré samedi espérer qu’une partie des soldats américains retirés d’Allemagne seraient installés en Pologne.