(Londres) Revoir ses proches ou retourner à l’école : le premier ministre britannique Boris Johnson, estimant « clos » le scandale provoqué par son conseiller, a annoncé jeudi un nouvel assouplissement du confinement dès la semaine prochaine en Angleterre.

Sylvain PEUCHMAURD
Agence France-Presse

Depuis près d’une semaine, la délicate gestion du déconfinement est empoisonnée par la polémique sur les déplacements en pleine pandémie du puissant, mais controversé Dominic Cummings, qui a visiblement légèrement enfreint les règles, selon la police.  

Le Royaume-Uni dénombre officiellement 37 460 morts (+412 annoncés jeudi) de personnes testées positives à la maladie COVID-19, et le pays est même le premier en termes de surmortalité rapportée à sa population, selon une analyste du Financial Times.  

Mais pour Boris Johnson, la lutte contre la pandémie a fait suffisamment de progrès au Royaume-Uni – baisse continue du nombre des décès, des contaminations et des hospitalisations – pour donner le feu vert à un nouvel assouplissement des restrictions décrétées le 23 mars pour ralentir la propagation du virus.  

« Nous pouvons continuer à ajuster le confinement en Angleterre à partir de lundi », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Les gens y sont déjà autorisés à se rendre au travail ou à partir en excursion.  

Certains élèves de maternelle et de primaire reprendront le chemin de l’école, des commerces rouvriront comme les concessionnaires automobiles, et des groupes jusqu’à six personnes pourront se rencontrer à l’extérieur – dans un jardin par exemple – à condition de respecter une distance de deux mètres entre elles.  

Les magasins « non essentiels », vendant par exemple des vêtements, des livres ou des jouets, doivent rouvrir mi-juin – sauf en cas de récidive de la maladie.

Sur le terrain sportif, le championnat anglais de football va reprendre le 17 juin, plus de trois mois après avoir été suspendu.

Tracer les contacts des malades

Déterminant pour accompagner cette nouvelle étape et éviter une nouvelle vague incontrôlée de contaminations, un dispositif de traçage des contacts des malades a été lancé jeudi en Angleterre.

Dès jeudi, toute personne testée positive au nouveau coronavirus devra désormais communiquer ses interactions récentes à des équipes dédiées du service public de santé. Ceux avec lesquels ce malade est entré en contact devront s’isoler durant 14 jours, qu’ils soient ou non symptomatiques.  

Comme le déconfinement, les systèmes de traçage sont déployés en ordre dispersé dans les nations du Royaume-Uni, car ils relèvent des compétences de chacune d’elles.

L’Écosse a lancé le sien jeudi également, parallèlement à l’annonce d’un premier assouplissement des restrictions.  

« Je dois vous prévenir, il y aura d’autres foyers locaux (de la maladie) » et « nous réimposerons des mesures là où nécessaire », a indiqué Boris Johnson.  

Ces annonces n’ont pas permis de détourner l’attention du scandale lié à son conseiller Dominic Cummings, cerveau de la campagne pour le Brexit, que le dirigeant estime pourtant clos.  

« J’ai l’intention de tirer un trait sur cette affaire », a insisté Boris Johnson, déjà en butte à de vives critiques sur sa gestion de la crise sanitaire. Il avait estimé précédemment, via son porte-parole, que « M. Cummings a agi de manière responsable et légale étant donné les circonstances ».

Le premier ministre lui a apporté un soutien sans faille depuis qu’elle a éclaté la semaine dernière, suscitant une fronde jusque dans son propre parti conservateur, inhabituelle pour le dirigeant triomphalement élu en décembre.  

La police de Durham a estimé jeudi que M. Cummings avait pu commettre une entorse « mineure » aux règles du confinement, décrété le 23 mars pour tenter d’endiguer la propagation du nouveau coronavirus.  

Non pas en allant s’isoler avec sa femme malade et leur fils de quatre ans, pour lequel ils n’avaient selon le conseiller pas de solution de garde, au domicile de ses parents dans cette localité du nord de l’Angleterre. Mais lors d’un déplacement le 12 avril à Barnard Castle, à une quarantaine de kilomètres de Durham – un trajet en voiture justifié comme nécessaire par M. Cummings pour s’assurer que sa vue lui permettrait de conduire pour rentrer à Londres.

Même si les enquêteurs ont décidé de ne pas infliger de sanction à Dominic Cummings, leurs conclusions donnent de l’eau au moulin de ceux qui exigent son départ, dans l’opposition comme dans la majorité conservatrice.