Aux quatre coins de l’Allemagne, on assiste à la véritable renaissance des ciné-parcs. On y va pour voir des films, mais aussi pour assister à des concerts, tout en restant dans sa voiture.

Olivia Lévy Olivia Lévy
La Presse

Il est 21 h 30, la nuit tombe. Nous sommes à quelques kilomètres de Francfort, à « l’Autokino Gravenbruch », le plus vieux ciné-parc d’Allemagne, ouvert toute l’année, qui vient de célébrer ses 60 ans. L’ambiance est à la fête dans la voiture, car les enfants vivent leur première expérience de ciné-parc.

Depuis qu’il a été possible de rouvrir, le 20 avril, lors du déconfinement, toutes les séances affichent complet, à 21 h 30 et à minuit. Les conditions sont strictes : les billets peuvent uniquement être réservés en ligne, ils sont scannés à travers la fenêtre à l’arrivée, puis des employés nous indiquent la place précise où nous devons garer la voiture, puisque deux mètres de distance doivent séparer chaque véhicule. Il est interdit de sortir de la voiture, sauf pour aller aux toilettes, avec un masque. Le « snack-bar » est fermé pour cause de pandémie, mais nous avons apporté nos provisions de pop-corn, de bonbons, de Coke et même un petit verre de vin blanc pour les parents, produit local allemand, évidemment.

« Le public allemand redécouvre les joies du ciné-parc, car nous sommes les seuls à offrir actuellement un divertissement », se réjouit Heiko Desch, directeur du ciné-parc. « Et la fréquentation est nettement supérieure », dit-il.

Dans la voiture voisine, nous faisons connaissance, à deux mètres, avec la famille Vilt. Le père, dans la quarantaine, confie avec nostalgie qu’il allait au ciné-parc dans sa jeunesse, alors que c’est la première fois pour ses fils, deux adolescents, qui attendent impatiemment le début du film My Spy. Un peu plus loin, dans une grande fourgonnette, on aperçoit quatre enfants, tous en pyjama, surexcités.

L’enthousiasme pour le ciné-parc se fait sentir dans toute l’Allemagne. Même dans les villes ou communes qui n’en ont pas, on monte des écrans géants dans des stationnements d’aéroports, de magasins, de palais des congrès, ou encore sur des terrains vagues. Et on ne se limite pas qu’au cinéma, les initiatives culturelles se multiplient. À Düsseldorf, l’entreprise événementielle D.Live a été la première à organiser, dès la mi-avril, des concerts dans les ciné-parcs.

PHOTO KAI KUZCERA, FOURNIE PAR D.LIVE

Spectacle organisé par D.Live à Düsseldorf

« Loin des quartiers résidentiels, dans un immense stationnement, devant l’écran de cinéma, on a monté une vraie grande scène avec des projecteurs, et on organise des concerts avec des artistes, musiciens, chanteurs, DJ, acteurs, humoristes, on peut tout faire », explique Michael Brill, directeur général de D.Live. « On a même organisé un mariage !, s’exclame-t-il au téléphone, et on souhaite présenter un opéra. »

Le stationnement peut accueillir 525 voitures, la musique est transmise sur une fréquence dans l’autoradio, le prix d’entrée varie (22 euros par voiture pour le ciné-parc ; pour les concerts, ça peut aller jusqu’à un peu plus de 100 euros par véhicule). Le règlement de deux personnes par voiture (sauf les familles) vient d’être assoupli, on peut désormais inviter un couple.

« On a présenté le rappeur Sido à Düsseldorf, des spectateurs se sont déplacés de Hambourg, de Munich ou de Berlin et ont conduit des heures pour le voir. Même si on est dans sa voiture, on se retrouve tous ensemble, et ça, c’est magique », pense le directeur de D.Live. Il estime que pour le moment, avec le coronavirus, c’est la seule façon pour les artistes de continuer à donner des concerts en dehors de leur salon.

« On veut envoyer le message qu’on peut encore faire des spectacles, qu’il y a du public, qui d’ailleurs klaxonne durant les représentations pour exprimer leur enchantement ! C’est symbolique, mais c’est aussi un vrai modèle d’affaires, indique Michael Brill. Et tout le monde respecte vraiment les consignes de distanciation, je suis agréablement surpris. »

L’idée a déjà été reprise dans de nombreuses villes allemandes, comme Berlin, Nuremberg, Dresde, Hanovre, Hambourg.

À Francfort, à partir du 22 mai, le Jahrhunderthalle, une des plus importantes salles de spectacles de la ville, transformera son stationnement en « Stage drive Kulturbühne » et présentera pièces de théâtre, lectures, concerts, conférences et spectacles pour enfants à 14 h.

PHOTO FOURNIE PAR JAHRHUNDERTHALLE GMBH

Le Jahrhunderthalle, à Francfort

À Marbourg, une petite ville étudiante de 80 000 habitants, située à 90 km au nord de Francfort, on organise des « Drive-in DJ Club ». « C’est formidable ! Il y avait 220 voitures dans le stationnement du palais des congrès de la ville, mercredi soir, l’ambiance était celle d’une discothèque et les DJ ont donné tout un spectacle ! C’est émouvant de voir danser les gens dans leur voiture », confie en entrevue téléphonique Stefan Oberhansl, membre du collectif DJ Marburger Clubs united. D’autres soirées DJ sont déjà prévues. « Je suis convaincu que ce concept de spectacles est la meilleure façon de soutenir les artistes et l’industrie culturelle, et je pense que ça va durer, alors ça donne de l’espoir. »

> Regardez le concert de Sido sur Arte

> Regardez le concert de World Club Dome DJ-session Le Shuuk & friends sur Arte