(BRUXELLES) Il y a quelque chose de joli au Royaume du Danemark. Tandis que nombre de pays s’interrogent toujours sur la nécessité d’imposer le masque, les autorités danoises ont tranché : elles le déconseillent fortement. En revanche, elles recommandent pleinement l’activité sexuelle. Eh oui…

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Le Danemark a très vite réagi à l’épidémie de COVID-19. Dès le 12 mars, le pays fermait ses frontières et confinait sa population. Une quarantaine apparemment efficace, puisqu’à ce jour, le Danemark ne compte que 500 morts, pour une population de 5,6 millions d’habitants.

La situation est si stable que le royaume a rouvert ses écoles il y a un mois, tandis que les centres commerciaux et les restaurants s’apprêtent à reprendre leurs activités.

Ce succès s’explique en partie par les consignes de l’Agence de santé publique danoise, qui reposent sur quelques principes de base : distanciation physique de deux mètres, fréquents lavages des mains et des surfaces, socialisation limitée, « toussez à l’intérieur de votre coude, s’il vous plaît ».

PHOTO EMILE DUCKE, THE NEW YORK TIMES

Le Danemark a rouvert ses écoles il y a un mois.

Mais étrangement, ces mesures destinées au grand public n’incluent aucune recommandation « officielle » pour le port du masque. Certains experts le déconseillent même carrément.

À l’heure où le Québec et un nombre grandissant de pays l’imposent ou le suggèrent fortement, cette décision a de quoi surprendre.

Mais, selon les scientifiques danois, elle relève tout simplement de la « rationalité ».

« Ce n’est pas une question de croire au masque ou pas », résume Hans Jorn Jepsen Kolmos, microbiologiste, chercheur au CHU d’Odense. « Mais la position des autorités sanitaires est que, pour l’instant, nous n’avons pas de preuve clinique, scientifique, disant que les masques peuvent protéger efficacement le grand public. »

L’expert ne nie pas que le masque peut servir de barrière. Il admet que certaines études partielles vont en ce sens. Le problème, selon lui, est que la plupart des gens ne savent pas s’en servir, ce qui augmente les dangers d’infections plutôt que de les réduire. Selon lui, une hygiène adéquate et l’observation des mesures de distanciation suffisent amplement à freiner les risques de contamination.

« Les gens qui utilisent des masques utiliseront inévitablement leurs mains pour le mettre, le positionner, l’enlever, ils toucheront les zones près de la bouche, du nez, des yeux et pourraient transmettre plus facilement le virus de cette manière », estime M. Kolmos.

« C’est une stratégie bizarre »

La population n’a pas contesté cette position officielle. Mais certains émettent quand même des doutes. C’est le cas de Gustav Bjerre, musicien de Copenhague. « Je trouve quand même que c’est une stratégie bizarre, alors que, partout dans le monde, les autorités sanitaires disent qu’il est préférable de mettre un masque, dit-il. Mais comment savoir ce qu’il faut faire ou pas ? »

Comme la majorité des Danois, Gustav a quand même choisi de suivre les recommandations des autorités. Il confirme qu’à Copenhague, très peu de gens portent le masque.

Ceux qui le font sont un peu vus comme des hystériques.

Gustav Bjerre, musicien de Copenhague, au sujet du port du masque

Les discussions se poursuivent malgré tout en haut lieu. Selon Allan Randrup Thomsen, épidémiologiste de l’Université de Copenhague, spécialisé en défense immunitaire contre les infections virales, il est certain que le gouvernement est soumis à la « pression » de faire comme d’autres pays européens. « Des journalistes ont demandé pourquoi on ne le faisait pas nous aussi. Il y a assurément une empreinte de ce qui se passe ailleurs », soutient l’expert.

Mais tant qu’il n’y aura pas de « preuve scientifique » et tant que le bilan des morts reste stable, les autorités danoises ne comptent pas changer de cap. Le masque n’est toujours pas exigé dans les transports en commun et ne le sera pas davantage dans les cafés et les restaurants, qui doivent rouvrir lundi.

Il faudra voir, cependant, si les nouvelles règles de distanciation physique, réduites la semaine dernière de deux à un mètre, n’auront pas de répercussions négatives. « Nous sommes prêts à reconsidérer notre position, souligne M. Kolmos. Mais, je le répète, il nous faudra des preuves scientifiques. Jusqu’ici, on s’en est très bien sortis. La preuve est que notre taux de transmission est très bas et que le pays s’ouvre graduellement. »

L’activité sexuelle fortement encouragée

La rationalité danoise semble, du reste, très relative. Si le masque est déconseillé, l’activité sexuelle, elle, est fortement encouragée. Dans un point de presse donné à la fin d’avril, le directeur général de santé publique au Danemark, Søren Brostrøm, a déclaré que même les célibataires avec de multiples partenaires ne devraient pas s’empêcher d’avoir du plaisir.

« Le sexe est bon. Le sexe est sain… Bien sûr que vous pouvez avoir du sexe dans cette situation », a-t-il affirmé.

Personne ne nie les bienfaits d’une partie de jambes en l’air. Les ventes de jouets sexuels auraient d’ailleurs augmenté de 110 % au Danemark pendant la période de confinement.

Mais… quelle est la logique de promouvoir la galipette avec différents partenaires alors qu’on impose la distanciation physique ? Telle est la question, dirait Hamlet.

« Il y a une part d’ambiguïté dans ce discours, reconnaît Allan Randrup Thomsen. D’une part, on prône la distanciation ; d’autre part, on encourage les individus à se rencontrer… 

« Mon interprétation, c’est qu’on ne doit pas avoir de contacts rapprochés avec tout le monde. Mais s’il y a quelqu’un que tu aimes vraiment, alors c’est OK. Parce que ce n’est qu’une seule personne.

« À grande échelle, ça ne peut pas faire de mal… »

Le monde d’après

On parle tous du « monde d’après ». Ce qui changera. Ce qui ne changera pas. Bien malin qui saurait le dire. Mais si l’on se fie à ce qu’on voit déjà dans les rues, la « nouvelle normalité » s’annonce assez trash merci. De virus à détritus. La triste réalité, en quelques photos.

  • Masques et gants de protection sont parfois abandonnés au sol après leur utilisation.

    PHOTO JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, LA PRESSE

    Masques et gants de protection sont parfois abandonnés au sol après leur utilisation.

  • Masques et gants de protection sont parfois abandonnés au sol après leur utilisation.

    PHOTO JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, LA PRESSE

    Masques et gants de protection sont parfois abandonnés au sol après leur utilisation.

  • Masques et gants de protection sont parfois abandonnés au sol après leur utilisation.

    PHOTO JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, LA PRESSE

    Masques et gants de protection sont parfois abandonnés au sol après leur utilisation.

  • Masques et gants de protection sont parfois abandonnés au sol après leur utilisation.

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