(Londres) Le Royaume-Uni, deuxième pays le plus touché par le nouveau coronavirus en Europe, a « passé le pic » de l’épidémie, a affirmé jeudi le premier ministre Boris Johnson, promettant un plan de déconfinement la semaine prochaine.

Pauline FROISSART
Agence France-Presse

Au total, 26 771 personnes sont mortes du coronavirus, selon les chiffres du ministère de la Santé.

Accusé d’avoir tardé à prendre la mesure de la pandémie et à instaurer le confinement, finalement décrété le 23 mars, le dirigeant conservateur est désormais sous pression pour expliquer quand et comment le pays en sortira. Jusqu’à présent, il est resté prudent quant à un assouplissement, mettant en garde contre le risque d’une recrudescence.

« Nous avons passé le pic » de l’épidémie, a-t-il annoncé lors de la conférence quotidienne du gouvernement, sa première depuis son rétablissement du coronavirus. « Nous sommes sur une pente descendante ».

Il a comparé la situation au passage d’un « énorme tunnel des Alpes ». « Nous pouvons désormais voir la lumière du jour et les prés devant nous », a-t-il déclaré.

« Il est donc vital que nous ne perdions pas le contrôle et que nous ne nous foncions pas vers une deuxième et encore plus haute montagne », a-t-il poursuivi, faisant allusion à une éventuelle recrudescence.

Boris Johnson a toutefois promis de dévoiler une « feuille de route » la semaine prochaine expliquant comment le gouvernement compte relancer l’économie, rouvrir les écoles, et faire retourner les Britanniques au travail en toute sécurité.

Le confinement a pour l’instant été prolongé jusqu’au 7 mai, avec des conséquences économiques et sociales très lourdes, suscitant aussi des craintes sanitaires comme un bond des décès à la suite de cancers détectés ou traités trop tard.

La feuille de route promise exposera comment le gouvernement compte « stopper la maladie et en même temps relancer l’économie », en prévoyant par exemple des mesures pour rendre plus sûrs les trajets du domicile au travail, selon M. Johnson.  

Il a suggéré le port de tissus sur le visage comme possible outil de protection, un revirement, le gouvernement s’y étant jusque-là montré réticent.

Les dates exactes de chaque mesure d’assouplissement dépendront de l’évolution de l’épidémie et des données collectées chaque jour.

Déconfinement prudent

Boris Johnson a aussi remercié le service public de santé pour sa guérison du coronavirus et une « visite bien plus joyeuse à l’hôpital », mercredi, pour la naissance du petit garçon qu’il a eu avec sa compagne Carrie Symonds.

Avant de relancer l’économie, les autorités britanniques veulent observer une nette décrue, mais aussi s’assurer d’avoir des moyens de dépistage, de traçage et de protection suffisants.  

Officiellement, 171 253 personnes ont été contaminées au Royaume-Uni, soit 6032 de plus que dans le bilan de mardi. 674 décès supplémentaires ont été recensés dans les hôpitaux et les maisons de retraites, prises en compte depuis mercredi dans le bilan quotidien.

« Le nombre de cas diminue, cela se traduit par moins d’hospitalisations, moins de gens à l’hôpital, moins de gens en soins intensifs et nous commençons à voir une baisse du nombre de morts », a énuméré le conseiller scientifique du gouvernement, Patrick Vallance, lors de la conférence de presse.

Selon lui, le taux de transmission se trouve actuellement entre 0,6 et 0,9, ce qui constitue une décrue.

Le gouvernement est critiqué pour avoir tardé à décider du confinement et à fournir des blouses médicales et des masques en nombre suffisant aux soignants.

« On a fait la bonne chose au bon moment », s’est défendu Boris Johnson.

Toutefois, deux Britanniques sur trois (66 %) pensent que le gouvernement a été trop lent à décréter le confinement, indique un sondage Ipsos Mori publié jeudi.

Interrogé par SkyNews, le chef du Parti travailliste, Keir Starmer a dit redouter que le Royaume-Uni connaisse un des « pires taux de mortalité » due au coronavirus en Europe et jugé qu’une enquête sur la réponse du gouvernement à la pandémie sera nécessaire.

Dans ce contexte de crise, un évènement a remonté le moral des Britanniques : l’anniversaire de « Captain Tom », un vétéran qui a collecté plus de 32 millions de livres, soit près de 37 millions d’euros, pour les soignants.

Le vieil homme, devenu une véritable star, a soufflé ses cent bougies jeudi et deux chasseurs de la Royal Air Force, un Spitfire et un Hurricane, ont volé en son honneur dans le ciel du Bedfordshire (comté au nord de Londres).