(Bruxelles) Et la Belgique ? On ne parle pas beaucoup de la Belgique, pendant cette crise sanitaire mondiale.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Il y aurait pourtant lieu de s’y intéresser. Car la Belgique, au cas où vous ne le sauriez pas, détient le record mondial du taux de mortalité due à la COVID-19.

Eh oui.

Aux dernières nouvelles, le pays de Jacques Brel comptait 6917 décès pour 11,5 millions d’habitants. C’est beaucoup moins que la France ou l’Italie, qui font état respectivement de 22 300 et 26 300 décès. Sauf que la France et l’Italie sont six fois plus peuplées.

Si l’on calcule au prorata de la population, la Belgique les dépasse largement, avec environ 600 morts par million d’habitants, contre 332 pour la France et 439 pour l’Italie. Des chiffres étonnants, que Donald Trump a d’ailleurs montrés du doigt cette semaine, en rappelant que son pays ne comptait que 110 morts par million d’habitants…

La situation est-elle à ce point pire en Belgique ? Pas vraiment. C’est simplement que le pays a choisi de compter ses morts avec la « plus grande transparence » possible, quitte à intégrer « des chiffres parfois surévalués », déclarait récemment la première ministre belge, Sophie Wilmès.

Concrètement, cela veut dire que les autorités sanitaires ne compilent pas seulement les décès à l’hôpital, mais aussi ceux qui sont survenus dans les « maisons de repos », équivalents belges de nos CHSLD et résidences pour personnes âgées. Aux cas validés par des tests s’ajoutent ainsi les cas dits « COVID suspects », ce qui augmente forcément le bilan.

Pas génial pour les statistiques nationales. Sauf que les chiffres sont peut-être, en effet, plus près de la réalité.

Vendredi, le responsable COVID-19 pour la Belgique, Steven Van Gucht, a carrément affirmé que son pays avait « le meilleur système de surveillance au monde » parce qu’il comptait « beaucoup mieux que les autres pays ».

Difficile de ne pas penser au Québec, où l’on adopte une méthode semblable, d’où notre taux de mortalité plus élevé.

Des problèmes similaires

On estime que 46 % des décès belges liés au coronavirus proviennent des maisons de repos. On est encore loin des statistiques québécoises, mais les problèmes se ressemblent.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir agi rapidement. La plupart des 1500 établissements (privés, publics et associatifs confondus) se sont mis sous cloche dès le 9 mars, plus d’une semaine avant le grand confinement national. Mais tandis qu’on mettait le paquet sur les hôpitaux, les maisons de repos belges écopaient pour leur manque de masques, de désinfectant et de blouses jetables. Cette pénurie de matériel de protection, conjuguée à l’absence de tests à grande échelle, a permis à l’épidémie de se propager comme un incendie de forêt chez les résidants.

De son côté, le personnel soignant a commencé à se raréfier. Dans le réseau public, on estime que le taux d’absentéisme se situait « entre 20 et 22 %, au plus fort de la crise », selon Raphaël Kremer, directeur du réseau pour la région de Bruxelles. Une défection attribuable à la mise en quarantaine, pour certains, et aux craintes, pour d’autres, de devoir travailler dans une marmite à virus.

Dans les établissements les plus touchés, les autorités ont fait appel à l’armée pour compenser le manque de bras. Dans le reste du réseau, on a demandé l’aide des élèves infirmiers, des médecins en formation et d’employés du réseau de la santé en chômage technique.

Selon Jean-Marc Rombeaux, conseiller expert pour le réseau des maisons de repos en Wallonie, la situation serait aujourd’hui « sous contrôle ». La première ministre avait d’ailleurs annoncé, pour cette semaine, le retour des visites dans les résidences. Mais la nouvelle a pris le secteur de court et provoqué une levée de boucliers. « C’était inattendu », résume Jean-Marc Rombeaux. Le gouvernement a finalement reculé et fixé la levée des barrières autour du 3 mai, date prévue pour le début du déconfinement en Belgique.

Ces visites seront toutefois soumises à des règles très strictes. Des dépistages massifs, déjà en cours, permettront de « cohorter » les maisons de repos en séparant les résidants et employés positifs des résidants et employés négatifs. Les visites, quant à elles, seront limitées à une personne – toujours la même – par semaine. Les rencontres se feront le plus possible à l’extérieur, dans les jardins ou des parloirs improvisés, équipés de barrières en plexiglas.

« Il faut l’organiser de manière très sérieuse, sinon on prend un vrai risque de refaire flamber le virus dans les maisons », conclut Raphaël Kremer, avec une pointe d’inquiétude.

À noter que la tragédie des maisons de repos – un terme qui, soit dit en passant, est beaucoup plus poétique que « résidence pour personnes âgées » ou l’affreux sigle « CHSLD »… et si on revoyait notre terminologie au Québec ? – s’observe dans plusieurs pays européens. L’AFP rapportait cette semaine que 55 % des décès en Irlande, 49,5 % en France et 53 % en Espagne provenaient des établissements de ce type.

L’Organisation mondiale de la santé a parlé jeudi d’une « inimaginable tragédie humaine » et d’une situation « profondément inquiétante » pour le Vieux Continent.

En Allemagne, le déconfinement est commencé

Alors que l’épidémie est « sous contrôle et gérable » selon son ministre de la Santé, Jens Spahn, l’Allemagne a commencé lundi son déconfinement progressif, avec des règles plus ou moins souples selon les États régionaux. Cafés, bars et restaurants sont toujours fermés, mais les magasins ont rouvert et les Allemands ne se sont apparemment pas fait prier pour recommencer à faire du shopping.

« C’est relax. On se croirait en Suède. On sent moins d’inquiétude, il y a plus de gens dans les rues. On voit plus de groupes marchant ensemble », note Martin Nachbar, un habitant de Berlin interrogé par La Presse.

La chancelière Angela Merkel a toutefois exhorté les Allemands à ne pas crier victoire trop vite. « Nous sommes au début de la pandémie et nous sommes encore loin d’être sortis de l’auberge », a-t-elle prévenu, ajoutant qu’il serait « extrêmement dommage de connaître une rechute ».

Dès lundi, le masque sera obligatoire pour tous en dehors de la maison. Les collèges et les écoles, de même que les salons de coiffure, rouvriront pour leur part à compter du 4 mai.

L’Allemagne compte 150 383 cas officiellement recensés et 5500 morts, pour un taux de létalité de 3,5 %. Une réussite en partie attribuable aux tests massifs effectués dès le début de la pandémie.

Masques : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Les Français ont décidément l’art de compliquer les choses. Vous en voulez une autre preuve ? Jetez un œil sur le guide de fabrication d’un « masque-barrière » publié par le groupe AFNOR.

Le document fait pas moins de 36 pages. Vous devez d’abord vous identifier dûment, puis traverser une table des matières, un mot du président et un avant-propos, avant de déguster le plat principal, qui se découpe en définitions pointues, graphiques austères et termes à rallonge vraiment pas sexy. Où il est question de « distance bigoniale », d’arc « bitragus-gnathion », d’essais « dynamiques au débit sinusoïdal » et de « test de pénétration de la monocouche ». En revanche, on nous explique, très simplement, que « l’utilisation d’agrafes peut constituer une nuisance ou un danger pour l’utilisateur » et qu’« il n’est pas recommandé de procéder à un nettoyage avec le four à micro-ondes ».

Notre avis ? Allez donc sur YouTube : il y a des tas de tutoriels très sympas.

> Consultez le guide publié par AFNOR