(Francfort) De grandes salles vides qui doivent devenir un hôpital en quelques semaines : à Berlin, le chantier au centre des expositions se poursuit patiemment même si dans le même temps l’heure est au déconfinement dans le pays.

Yann SCHREIBER
Agence France-Presse

Tout n’est pas encore prêt : quelques câbles pendent encore au plafond et toutes les cloisons blanches ne sont pas encore installées là où jusqu’à 1000 patients pourront être accueillis.

Des soldats de la Bundeswehr ont assemblé la semaine dernière le mobilier de cette structure improvisée qui doit permettre d’absorber la vague de patients souffrant de COVID-19 … la deuxième à laquelle se prépare déjà l’Allemagne, pourtant souvent citée comme modèle pour le traitement de la première.

La crainte a été soulignée cette semaine par la chancelière Angela Merkel, sortie de ses gonds en dénonçant « l’orgie » de discussions autour du retour à la normale et la légèreté de la population et des responsables politiques.

Il existe un « danger fondamental » que les infections redémarrent « si l’ensemble des mesures restrictives sont supprimées de manière précoce », a affirmé Lars Schaade, directeur adjoint de l'Institut Robert Koch, l’agence chargée du contrôle des maladies.

À l’hôpital universitaire d’Aix-la-Chapelle, qui a accueilli les premiers cas graves de COVID-19 en Allemagne, des dizaines de lits encore vides attendent.

« On est prêt à réagir de manière dynamique », assure Gernot Marx, directeur du département des soins intensifs.

Actuellement, près de 13 000 lits en soins intensifs sont libres sur 32 000 au total dans le pays.

« Préparé »

« Nous n’avons jamais eu à choisir » jusqu’ici en faisant le tri dans les patients, explique Anne Brücken, médecin dans cette clinique. « J’espère que ça reste comme ça. »

« L’Allemagne est préparée à une possible seconde vague », assure Gerald Gass, président de la société allemande des hôpitaux DKG.

Avec 33,9 lits en soins intensifs pour 100 000 habitants contre 8,6 en Italie et 16,3 en France, l’Allemagne était déjà au départ bien préparée à la pandémie. Et elle a depuis multiplié ces capacités ainsi que les dépistages.  

Le pays affiche aujourd’hui un taux de létalité de plus de 3 %, en hausse mais toujours en deçà de la plupart des autres pays.

Depuis son apparition en décembre en Chine, la pandémie a tué plus de 189 000  personnes dans le monde, dont 5321 en Allemagne, qui compte plus de 150 000 cas officiellement recensés.

En comparaison, 25 000 personnes sont mortes en Italie et près de 22 000 en France pour 190 000 et 158 000 cas déclarés respectivement.

Le système de santé allemand tient bon et n’a jamais été surchargé.

Ces prochains mois, « nous pensons garder 20 % de nos lits avec assistance respiratoire disponibles », explique à l’AFP M. Gass. 20 % supplémentaires doivent être mobilisables « en 72 heures si une deuxième vague arrive et que les infections reprennent largement ».

Il plaide d’ailleurs pour une reprise progressive du travail hospitalier normal, alors que les opérations non-essentielles ont été annulées pour désengorger les services.

« En général, nos hôpitaux sont moins occupés actuellement que normalement à cette saison ou sur une année, explique-t-il.

Mise en garde

« Si nous prenons à la légère le début du déconfinement, nous allons avoir une seconde vague qui sera plus dure que la première », juge la virologue Melanie Brinkmann dans une interview au Spiegel.

« Nous sommes peut être en train de perdre notre avance » sur le virus, a averti sur la chaîne de télévision publique NDR le virologue Christian Drosten de l’hôpital de la Charité à Berlin, mettant en garde contre un nouveau départ simultané de cas de COVID-19 « partout en même temps ».

Berlin mise sur un retour très progressif à la normale accompagné de centaines de milliers de tests par semaine ; le port du masque devient progressivement obligatoire dans les transports en commun et, dans certaines régions, dans les magasins.

Le traçage téléphonique de contacts de personnes doit aussi être renforcé grâce à des applications, comme en Asie.

« Une évolution dynamique des infections signifie tout de suite une charge accrue pour le système de santé, ce qui veut dire qu’il faut identifier très tôt, grâce à beaucoup de tests, les effets du déconfinement », avertit le Dr Gass.