(Londres) L’opposition britannique s’est jointe mercredi aux voix pressant le gouvernement de présenter une stratégie de sortie du confinement imposé pour freiner la pandémie de nouveau coronavirus, arguant que la population avait besoin « de voir une lumière au bout du tunnel ».

Pauline FROISSART
Agence France-Presse

À la veille de la probable annonce d’une prolongation du confinement décrété le 23 mars, le nouveau chef du Parti travailliste, Keir Starmer, a publié une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères Dominic Raab qui remplace temporairement le chef du gouvernement Boris Johnson, en convalescence après un séjour à l’hôpital dû au coronavirus.

« La question qui se pose jeudi n’est pas si le confinement doit être prolongé, mais comment et quand peut-il être allégé et sur quels critères cette décision sera prise », écrit M. Starmer, élu à la tête du Labour le 4 avril.

Il exige que le gouvernement publie son plan immédiatement ou dans les jours à venir, afin que le Parlement puisse l’examiner à la reprise de ses travaux, le 21 avril, a priori par visioconférence.

Une demande à laquelle le gouvernement ne semble pas près d’accéder. « Parler d’une stratégie de sortie avant que nous n’atteignions le pic (de la pandémie, NDLR) risque de brouiller le message crucial qui est que les gens doivent rester chez eux afin de protéger notre NHS (le service public de santé, NDLR) et de sauver des vies », a déclaré une source gouvernementale.

« Commencer maintenant »

Le Royaume-Uni est désormais l’un des pays en Europe les plus violemment touchés par la pandémie avec près de 13 000 morts dans les seuls hôpitaux (12 868 selon le dernier bilan publié mercredi) et des inquiétudes croissantes sur les victimes en maisons de retraite, qui ne sont pas comptabilisées dans les bilans quotidiens des autorités.

Mais le pays est « probablement » en train d’atteindre le pic de l’épidémie, a déclaré mercredi le chef des services sanitaires anglais Chris Whitty, lors de la conférence de presse quotidienne du gouvernement.

Parmi les rares bonnes nouvelles de la période, une dame de 106 ans est sortie guérie de l’hôpital de Birmingham, devenant selon les services de santé la patiente la plus âgée à surmonter la maladie.

Une infirmière enceinte a elle succombé à la maladie, mais son bébé a survécu, selon l’hôpital de Luton, au nord de Londres.

Le gouvernement de Boris Johnson a été critiqué pour avoir tardé à décréter le confinement, mais désormais la pression monte pour préparer la phase suivante, comme commencent à le faire les pays voisins comme la France ou l’Allemagne.

D’autant qu’un institut public a estimé mardi qu’un trimestre complet de confinement, suivi de trois mois d’assouplissement progressif, coûterait au Royaume-Uni une chute historique de 13 % de son Produit intérieur brut en 2020, deux millions de chômeurs en plus et un déficit public de 14 % du PIB.

« Les gens ont besoin de voir une lumière au bout du tunnel », a plaidé Keir Starmer sur la BBC. Il a ajouté que, pour sortir du confinement dans les prochaines semaines ou mois, il fallait « commencer les préparatifs maintenant ».

Jusqu’à présent, « des erreurs ont été faites et des choses n’ont pas été faites aussi rapidement qu’elles auraient dû l’être », a-t-il pointé du doigt, mentionnant le manque de dépistages de la COVID-19 et de combinaisons médicales pour les soignants.

Le gouvernement a promis de redoubler d’efforts et s’est engagé à atteindre 100 000 dépistages par jour à la fin du mois. Or aujourd’hui seuls 15 000 dépistages sont organisés quotidiennement, a relevé M. Starmer, soulignant la nécessité d’une « énorme montée en puissance » pour atteindre cet objectif.

Face aux inquiétudes des associations sur les « morts silencieuses » en maisons de retraite, le ministre de la Santé Matt Hancock a promis mercredi que des dépistages seront proposés aux résidents ou employés de maisons de retraite présentant des symptômes, ou revenant de l’hôpital, ce qui n’était pas systématiquement le cas.