(Paris) Emmanuel Macron a annoncé lundi un début de déconfinement à partir du 11 mai, accompagné d’une réouverture progressive des écoles et des crèches qui a été aussitôt critiquée, alors que le bilan de l’épidémie de la COVID-19 approche désormais 15 000 morts en France.

Dominique CHABROL
Agence France-Presse

« L’épidémie commence à marquer le pas » et « l’espoir renaît », a souligné le président, tout en reconnaissant des « failles » et que la France n’était « à l’évidence pas assez préparée » à la pandémie.  

« Rien n’est acquis », a souligné le chef de l’État, qui a commencé son allocution juste après les applaudissements de 20 h saluant les soignants qui luttent depuis des semaines dans les hôpitaux dont certains sont « saturés », a ajouté le chef de l’État.  

Selon un dernier bilan lundi soir, l’épidémie de coronavirus a fait 14 967 morts en France, 574 de plus depuis dimanche. 9588 personnes sont mortes dans les hôpitaux (335 de plus en 24 heures) et 5379 dans les maisons de retraite et autres établissements médico-sociaux (239 morts de plus en 24 heures).

Pour le cinquième jour consécutif, le nombre de patients en réanimation a également baissé : 24 patients en moins depuis dimanche.

Créant la surprise, Emmanuel Macron a annoncé qu’à partir du 11 mai seraient rouverts « progressivement les crèches, les écoles, les collèges et les lycées ». En revanche, dans l’enseignement supérieur, « les cours ne reprendront pas physiquement avant l’été ».

La France pourra « tester toute personne présentant des symptômes » et chaque Français devra pouvoir se procurer « un masque grand public », a assuré le chef de l’État.

En revanche, bars et restaurants resteront fermés, a-t-il précisé.  

Répondant aux inquiétudes – notamment soulignées par le Secours Catholique – d’un basculement dans « la grande précarité » de nombreux Français, notamment les étudiants et les intérimaires, Emmanuel Macron a annoncé une aide sans délai aux familles les plus modestes et pour « les étudiants les plus précaires ».

Les frontières de la France avec les pays non européens « resteront fermées jusqu’à nouvel ordre », a-t-il affirmé. En attendant, il a estimé que la crise sanitaire devait être « un moment de vérité », « de refondation » pour l’Europe, avec plus « d’unité et de solidarité ».  

De même, Il a estimé que la France et l’Europe allaient devoir aider l’Afrique à lutter contre le coronavirus en « annulant massivement sa dette ».

« Contradiction »

Gilles Le Gendre, patron des députés de la majorité LREM, a salué sur Twitter des « jalons du déconfinement » à venir qui « concilient sécurité sanitaire, redémarrage économique et justice sociale ».

Le Medef s’est dit « satisfait que le président ait fixé un cap pour remettre le pays en marche ».

Mais la réouverture progressive des écoles a immédiatement suscité inquiétudes et critiques chez les enseignants. Selon l’entourage d’Emmanuel Macron, il s’agit d’un « vrai choix du président », qui espère ainsi « lutter contre les inégalités sociales et aider à la reprise du travail. »

« C’est tout sauf sérieux de rouvrir les écoles le 11 mai, car on nous dit que tous les lieux publics sont fermés, les cinémas, les salles de spectacle, mais pas les écoles alors que l’on sait que c’est un lieu de haute transmission, de haute contamination, il y a un manque de précaution, ça paraît être en contradiction totale avec le reste », a réagi Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, interrogée par l’AFP.

« Il va y avoir une forte incompréhension de la part des enseignants, on a l’impression d’être sacrifiés sur l’autel de l’économie », a-t-elle dit.

Le déconfinement, déjà amorcé dans quelques pays européens, s’annonce comme une entreprise infiniment délicate.

L’opération pourrait s’avérer catastrophique si n’était pas mis en place un système de tests massifs et d’isolement des personnes infectées, selon une étude réalisée notamment par l’INSERM qui laisse entendre qu’il ne pourrait pas intervenir avant fin mai-juin.  

« La levée du confinement sans stratégie de sortie entraînerait une deuxième vague écrasant largement le système de santé », selon le résumé de l’étude, mise en ligne dimanche et révélée lundi par Le Monde.

« Le confinement est la seule bonne mesure. On est au milieu du guet. Déconfiner trop tôt c’est s’exposer au rebond », a souligné Christophe Rapp, infectiologue à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, sans se prononcer sur la date du 11 mai.

« La grande nouvelle c’est que le virus circule, l’immunité collective tant espérée n’arrive pas. Au mieux, 10 % des Français ont contracté la maladie. On va rejouer l’isolement et le dépistage des cas contacts. C’est une nouvelle maladie qui devient pérenne », a-t-il mis en garde.  

Dans l’opposition, le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a critiqué un « déconfinement sans planifier les conditions du déconfinement, c’est extrêmement dangereux ! ».

« Caler les consignes sanitaires sur les capacités de tests est une folie », a jugé Julien Bayou, secrétaire national des écologistes d’EELV.

Le patron des Républicains, Christian Jacob, a lui estimé que « les mots ne suffiront plus » et que face au retard, « il faut maintenant anticiper le redémarrage de l’économie secteur d’activité par secteur d’activité ».

Le chef de l’État, qui subit la défiance de l’opinion envers sa gestion de la crise, a conclu en se disant persuadé qu’il y aura des « jours meilleurs ». Il faut « nous réinventer, moi le premier », a-t-il dit, notamment en sortant « des sentiers battus » et des « idéologies ».

Il y a une « nette évolution de ton, et pour la première fois, une forme d’humilité », relève Jean-Daniel Levy, directeur du département politique d’Harris Interactive. Selon lui, Emmanuel Macron a « de manière nette, admis des erreurs de sa part et de son gouvernement, notamment sur les masques ».