(Paris) La « vague » enfle et le confinement pourrait se prolonger en France, où l’épidémie de coronavirus a tué au moins 674 personnes, dont pour la première fois un médecin hospitalier, et entraîne des hospitalisations toujours plus nombreuses.

Taimaz SZIRNIKS, avec les bureaux de l’AFP
Agence France-Presse

Le stress est là et l’armée des soignants a perdu dimanche son premier soldat, avec la mort d’un médecin urgentiste de 67 ans à Compiègne (Nord), décédé après avoir pris en charge les premiers patients atteints du coronavirus.

Entre samedi et dimanche, 112 décès supplémentaires ont été enregistrés dans les hôpitaux français, sachant que d’autres décès ont probablement eu lieu en ville ou dans des maisons de retraite.  

Le nombre de patients hospitalisés a atteint 7240, dont 1746 le sont en réanimation (avec environ un tiers de ces cas graves âgés entre 40 et 65 ans).

« La situation va continuer de s’aggraver ces prochains jours avant que les effets d’un confinement strict ne fassent ralentir l’épidémie », a lancé le Directeur général de la Santé Jérôme Salomon, en écho aux propos du président Macron dans un hebdomadaire : « La vague est là ».

Prolongation en vue

Au terme d’un premier week-end de confinement dans le pays, les autorités préparent le terrain à la prolongation de cette mesure inédite, pour l’instant décrétée jusqu’à fin mars, comme le demandent de nombreuses voix dans le monde médical.  

Les experts médicaux officiels doivent se prononcer lundi sur ce sujet. Le gouvernement prendra alors sa décision, mais un allongement paraît déjà « probable », a déclaré la porte-parole du gouvernement.  

Amendes et prison

La police a effectué depuis le début mardi du confinement près de 1,8 million de contrôles et 91 824 infractions pour non-respect des règles ont été relevées. Les autorités ont décidé de durcir les sanctions : l’amende de 135 euros passera à 1500 euros en cas de récidive « dans les 15 jours » et « quatre violations dans les trente jours » pourront valoir « 3700 euros d’amende et six mois de prison au maximum ».

Sur le terrain, des municipalités dans tout le pays ont commencé à mettre en place des couvre-feux.  

PHOTO MICHEL SPINGLER, AP

La police a effectué depuis le début mardi du confinement près de 1,8 million de contrôles et 91 824 infractions pour non-respect des règles ont été relevées.

Dans les hôpitaux, le décès du premier médecin a renforcé l’inquiétude des soignants sur la pénurie de matériel de protection.  

Malgré l’annonce ce week-end de commandes pour plus de 250 millions de masques. Le stock actuel est de l’ordre de 86 millions de masques, alors que les besoins sont estimés à au moins 24 millions de masques par semaine.

Priorité va être donnée pour la distribution de ces masques aux personnels de santé, en ville comme à l’hôpital, et aux personnes intervenant auprès des personnes âgées.  

Évacuations

Concernant l’utilisation de tests, réservés à certaines catégories de populations (fragiles, âgées, femmes enceintes, etc.), le gouvernement infléchit peu à peu sa doctrine et entend pouvoir « multiplier » les tests, mais seulement au moment de « la levée du confinement ».  

Pas de dépistage massif immédiat, comme l’a par exemple pratiqué avec un succès apparent la Corée du Sud. Car il n’y en a tout simplement pas assez de tests en France, selon le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy.

Sur le terrain, les structures hospitalières saturent dans certaines régions très affectées, comme en Alsace (Est) d’où l’armée a évacué une douzaine de patients vers d’autres régions et installe à Mulhouse un hôpital de campagne, qui devrait être opérationnel en début de semaine.  

Quelques patients ont aussi été évacués vers l’Allemagne et la Suisse frontalières.

Après quatre jours de débats, le Parlement français a adopté dimanche le projet de loi permettant l’instauration d’un « état d’urgence sanitaire » de deux mois face à l’épidémie, qui encadre la restriction des libertés publiques (confinement, réquisitions…).

Sur le front économique, face au « tsunami » de la récession qui s’annonce, le texte autorise le gouvernement à prendre par ordonnances une série de mesures pour soutenir les entreprises.