(Moscou) L’ONG Amnistie internationale a dénoncé vendredi l’agression par des inconnus d’une avocate et d’une journaliste dans la république russe de Tchétchénie, dont les dirigeants sont régulièrement accusés de violations des droits de l’homme.  

Agence France-Presse

« Cette attaque éhontée est déplorable », a réagi Denis Krivocheev, responsable adjoint d’Amnistie en Europe orientale et en Asie centrale.

Jeudi soir, la journaliste Elena Milachina et l’avocate Marina Doubrovina ont été prises à partie à l’entrée de leur hôtel à Grozny, la capitale tchétchène, a raconté Mme Milachina au journal Novaïa Gazeta, pour lequel elle travaille.

Selon la journaliste, un groupe d’une quinzaine de personnes, dont des femmes voilées de noir, lui ont demandé agressivement « pourquoi elle défendait des Wahhabis ayant tué nos maris » – une référence à des combattants islamistes.

Les deux femmes ont ensuite été plaquées au sol et frappées tandis qu’un homme filmait la scène, a ajouté Elena Milachina.

Il s’agit du dernier exemple d’une longue série d’agressions et de meurtres contre des militants des droits de l’homme dans cette république du Caucase.

Dans un communiqué, le Conseil de l’Europe a appelé les autorités russes à faire toute la lumière sur cette agression et à assurer la protection de deux femmes.

Journaliste d’investigation à Novaïa Gazeta, Elena Milachina a notamment révélé en 2017 la disparition et l’assassinat de dizaines d’homosexuels en Tchétchénie, entraînant un appel au « djihad » contre elle et sa rédaction depuis la principale mosquée de Grozny.  

Avec l’avocate Marina Doubrovina, elle se rendait au procès d’un blogueur accusé de possession illégale d’armes après avoir publié une vidéo sur des propriétés soupçonnées d’appartenir à des familles tchétchènes proches du pouvoir.

L’année dernière, Marina Doubrovina avait défendu en Tchétchénie Oïoub Titiev, un militant de l’organisation de défense des droits de l’homme Mémorial, très réputée en Russie. Condamné pour possession de drogue, il a été libéré quelques mois plus tard.

Frappée par deux guerres contre la Russie dans les années 90 et au début des années 2000, la Tchétchénie est dirigée depuis 2004 par le très autoritaire Ramzan Kadyrov.