(Paris) Le Parquet national financier français a requis lundi à Paris quatre ans de prison et 10 millions d’euros d’amende contre Rifaat al-Assad, oncle du président syrien Bachar al-Assad, accusé de s’être frauduleusement bâti en France une fortune immobilière estimée à 90 millions d’euros.

Agence France-Presse

Le procureur a également requis la confiscation de tous les biens immobiliers français – déjà saisis – de cet ancien pilier du régime de Damas, jugé pour «blanchiment en bande organisée», de fraude fiscale aggravée et de détournements de fonds publics syriens, entre 1984 et 2016.

Le parquet national financier (PNF) demande notamment la confiscation de deux hôtels particuliers et d’une quarantaine d’appartements dans les beaux quartiers parisiens, d’un château et de haras dans le Val d’Oise (nord-ouest de Paris).

Rifaat al-Assad est jugé depuis le 9 décembre devant le tribunal correctionnel de Paris, deuxième procès en France d’une affaire de «biens mal acquis» après celui du vice-président de Guinée équatoriale, Teodorin Obiang.

AFP

Teodorin Obiang

Résident britannique de 82 ans, il s’est fait excuser pour raisons médicales et conteste ces accusations.

Rifaat al-Assad fut contraint à l’exil en 1984 après un coup d’État manqué contre son frère Hafez al-Assad, père de l’actuel président Bachar al-Assad.

Avec sa famille et une suite de 200 fidèles, lui qui n’avait aucune fortune familiale en Syrie avait amassé en Europe un empire immobilier qui éveillera tardivement les soupçons.

En France, ses biens sont détenus par des sociétés nichées un temps dans des paradis fiscaux et désormais au Luxembourg, gérées par ses proches : «Un patrimoine sciemment occulté, une confusion sciemment entretenue», selon le procureur.  

Rifaat al-Assad assure que sa fortune provient de la générosité d’Abdallah, prince héritier puis roi saoudien, qui l’aurait financé de manière continue entre les années 1980 et sa mort en 2015. Une explication balayée par le procureur, qui la juge non étayée.

Le magistrat a tenté de démontrer que ces millions proviennent plutôt de détournements de fonds publics syriens, notamment d’un exil négocié avec Hafez al-Assad et financé par Damas.

Dans cette affaire qui remonte à 35 ans, l’accusation n’a pas de preuve matérielle de versements syriens en faveur de Rifaat al-Assad.

A défaut, le procureur s’est notamment basé sur des témoignages – vivement contestés par la défense – faisant état de détournements de fonds et corroborés selon lui par le budget syrien, et sur les analyses d’un géographe spécialiste de la Syrie.

La défense plaidera la relaxe mardi.