C’est une première à l’échelle mondiale. Depuis mardi, la Finlande est dirigée par une coalition de cinq partis, tous menés par des femmes, dont quatre sont âgées de moins de 35 ans.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

L’une d’entre elles s’appelle Maria Ohisalo, elle est cheffe de la Ligue verte et occupe le poste de ministre de l’Intérieur. Anna-Maja Henriksson, du Parti du peuple suédois (qui représente la minorité suédoise en Finlande), tient les rênes du ministère de la Justice. Alors que la leader de l’Alliance de gauche, Li Andersson, dirige le ministère de l’Éducation.

Et c’est sans parler de Sanna Marin, qui dirige les sociaux-démocrates, l’un des grands partis finlandais, et qui, à 34 ans, est devenue le plus jeune chef de gouvernement de la planète.

Sur 19 ministres, 12 sont des femmes. Qu’y a-t-il donc dans l’air de la Finlande pour avoir permis l’arrivée au pouvoir d’un leadership aussi féminin ? Sans doute un peu de culture, un peu de politique et un peu de hasard.

PHOTO JUSSI NUKARI, REUTERS

Li Andersson, ministre de l’Éducation, Katri Kulmuni, ministre des Finances, Sanna Marin, première ministre, et Maria Ohisalo, ministre de l’Intérieur

« C’est le résultat d’une politique consistante de promotion des femmes à l’intérieur des principaux partis politiques », souligne Anne Maria Holli, politologue rattachée à l’Université d’Helsinki.

Selon elle, les jeunes politiciennes ont gravi les échelons pour se retrouver numéro 2 ou 3 de leur parti respectif. Deux d’entre elles ont pris le relais quand leur chef a dû prendre un long congé de maladie. Sanna Marin elle-même a accédé à la direction de son parti lorsque son prédécesseur, Antti Rinne, a démissionné de son poste, après avoir été la cible d’un vote de censure.

Ces politiciennes « ont alors pu montrer qu’elles sont capables d’exercer ces fonctions, et elles ont pu se faire respecter à l’intérieur de leur parti », explique Anne Maria Holli.

« C’est très inspirant »

En fait, depuis la fin des années 80, les Finlandaises ont pris du galon dans la sphère politique. D’abord en accédant à la tête de petits partis d’importance mineure. Puis, depuis 2003, en accédant à la direction de partis majeurs.

Le Parlement finlandais comptait 40 % de femmes en 2007. Aujourd’hui, c’est 47 %.

« Nous sommes un drôle de pays, note la politologue. Nous n’avons jamais eu de système de quotas de femmes en politique, tout ça a évolué naturellement, un peu grâce à notre système de vote particulier, où les candidats ne sont pas positionnés sur une liste établie par les partis. »

Malgré cela, l’arrivée au pouvoir d’un quintette aussi jeune et tout féminin a surpris les Finlandais.

C’est la première fois que nous avons une première ministre aussi jeune, avec un jeune enfant. Pour la première fois, ce sont des gens qui nous ressemblent qui réussissent en politique.

Sini Korpinen, commentatrice

« C’est très inspirant », se réjouit Sini Korpinen.

Selon elle, les Finlandais en ont ressenti de la fierté, tous partis confondus.

Sini Korpinen estime elle aussi que cette percée féminine est attribuable à la place que les partis politiques ont accordée aux jeunes militantes. Paradoxalement, quand on regarde les attitudes sociales, la Finlande n’est pas aussi égalitaire que les pays scandinaves, analyse Sini Korpinen. « Mais les partis politiques ont donné des chances et des postes de pouvoir aux jeunes femmes. »

Plusieurs points communs

Les nouvelles dirigeantes finlandaises se ressemblent entre elles par leurs origines modestes et leur travail politique acharné.

Sanna Marin a été la première de sa famille à étudier à l’université. Elle a déjà affirmé que sans un État providence solide, elle ne s’en serait jamais sortie.

Son père a quitté la maison quand elle était toute jeune et sa mère a reconstruit sa vie avec une femme. « Et cela, bien sûr, modifie ma vision de l’égalité des sexes, l’égalité en général et les droits de la personne sont donc très importants pour moi », a déjà affirmé la nouvelle première ministre de Finlande, qui a admis avoir souffert du silence qui entourait sa situation particulière.

Elle n’est pas la seule, parmi les cinq cheffes de la coalition, à avoir vécu des évènements difficiles durant l’enfance. Sa collègue Maria Ohisalo, la leader des verts, a déjà raconté avoir célébré son premier anniversaire dans un refuge pour femmes parce que son père était alcoolique.

Très à gauche

Sanna Marin a commencé sa carrière politique dans l’aile jeunesse de son parti. Puis sa carrière a décollé. À 27 ans, elle devient présidente du conseil municipal de Tampere ; à 30 ans, elle est élue députée et devient ministre des Transports.

Considérée comme une politicienne pragmatique, qui va droit au but et s’exprime avec conviction, Sanna Marin fait peu de cas de son sexe et de son âge.

Je n’ai jamais pensé à mon âge ou à mon sexe, je pense aux raisons pour lesquelles je me suis engagée en politique et ces choses grâce auxquelles nous avons gagné la confiance de l’électorat.

Sanna Marin, première ministre de la Finlande

Sa vision des choses la place à la gauche des positions traditionnelles des sociaux-démocrates. Sa campagne électorale, en avril 2019, a porté sur les questions environnementales et elle s’est engagée à éliminer progressivement les véhicules à carburant fossile.

Mais avant d’en arriver là, elle a des obstacles à surmonter. Preuve numéro un : elle fait face à des grèves massives dans les services publics. Et puis, son parti est au plus bas dans les sondages, avec 13,2 % de soutien populaire – loin derrière le parti des Vrais Finlandais (extrême droite), qui jouit d’une cote de popularité de 24 %.

Ce premier mandat tout féminin commence sous un ciel orageux.