(Paris) La grève qui met la France au ralenti n’a pas faibli lundi, et devrait continuer d’engendrer son lot de perturbations notamment dans les transports publics mardi, nouvelle journée de manifestations contre la réforme des retraites dont le gouvernement devrait détailler le contenu le lendemain.

Arnaud BOUVIER
Agence France-Presse

Métros et trains de banlieue bondés, quais remplis de monde, des centaines de kilomètres de bouchons en région parisienne : la situation de lundi devrait se reproduire mardi pour la sixième journée consécutive de grève. À la SNCF, seulement 20 % des TGV et des trains de la banlieue parisienne pourront circuler, a indiqué la direction.

Dans la capitale, dix des seize lignes du métro opéré par la RATP resteront fermées au moins jusqu’à mercredi, voire vendredi. « La semaine est morte », résume Thierry Babec, secrétaire général de l’Unsa RATP (1er syndicat de la régie).

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SNCF a assuré lundi « entre 15 % à 20 » de son trafic habituel.

Environ 25 % des vols intérieurs et 10 % des moyen-courriers d’Air France seront annulés. La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a demandé aux compagnies de réduire leur programme de vol.

Un an après la naissance du mouvement de contestation sociale des gilets jaunes, qui leur a porté un coup dur, et à l’approche des fêtes de fin d’année, ce nouveau mouvement inquiète commerçants, hôteliers, restaurateurs et professionnels du tourisme qui d’ores et déjà font état d’une baisse de leur chiffre d’affaires.

Le mouvement social touchant aussi le monde de la culture, des spectacles ont été annulés lundi à l’Opéra Bastille, à l’Opéra Garnier ou à la Comédie française, tandis que des musées étaient partiellement fermés.  

Si l’énervement gagnait les usagers des transports publics, selon un sondage Harris Interactive/RTL lundi, 68 % des Français déclarent soutenir la grève.

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À Paris, dix des seize lignes du métro opéré par la RATP resteront fermées au moins jusqu’à mercredi, voire vendredi.

« Semaine de vérité »

La nouvelle journée d’action de mardi, qui devrait entraîner des perturbations dans de nombreux secteurs, notamment dans les écoles mais aussi dans les ports et docks par exemple, s’accompagnera à nouveau de manifestations partout en France.  

Cette deuxième journée sera « une grosse vague », a prédit le leader de la France Insoumise (opposition, gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon.  

Sous pression après une première journée de mobilisation qui a jeté dans la rue plus de 800 000 manifestants le 5 décembre, l’exécutif doit lever le voile mercredi sur une réforme des retraites encore floue.

Le gouvernement, soutenu par la Commission européenne qui juge la réforme « nécessaire », défend un « système universel » par points censé remplacer à partir de 2025, ou un peu plus tard, les 42 régimes existants et être « plus juste ». Mais ses opposants redoutent une « précarisation » des retraités.

Le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye, après avoir reçu les partenaires sociaux lundi avec la ministre des Solidarités Agnès Buzyn, a estimé que le « statu quo » n’était « pas tenable ».

De son côté le syndicat patronal MEDEF a reproché au gouvernement un « manque de clarté » qui conduit à « mobiliser les gens, parce qu’ils ne savent pas ». Dans une tribune publiée par le journal Le Monde, des économistes proches d’Emmanuel Macron ont également appelé à davantage de « clarté ».

Le syndicat CGT est « déjà en réflexion » pour une nouvelle journée de mobilisation jeudi.

C’est « la semaine de vérité », titrait le quotidien Le Figaro (droite) tandis que Libération (gauche) ne voyait qu’une alternative pour Emmanuel Macron : « la réforme ou la retraite ».

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Édouard Philippe et Emmanuel Macron.

D’autant que le gouvernement est confronté à un risque d’élargissement de la contestation. Les internes en médecine sont par exemple appelés à une grève illimitée à partir de mardi pour dénoncer la « dégradation des soins » et les généralistes à fermer leurs cabinets samedi.  

De leur côté quatre syndicats du transport routier et de la logistique ont appelé à la grève le 16 pour de meilleures conditions de travail.

Venant encore brouiller l’image du gouvernement, le quotidien Le Parisien a révélé que Jean-Paul Delevoye n’avait pas déclaré une fonction d’administrateur dans un Institut de formation de la profession de l’assurance dans sa déclaration à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Une « erreur » et « une omission par oubli », a réagi M. Delevoye, accusé par l’opposition de conflit d’intérêt, et qui a démission de cette fonction lundi.